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20 avril 2016

148ème au Classement mondial de la liberté de la presse, la Russie à l’heure de la reprise en main

La pression sur les médias indépendants ne cesse de s’intensifier en Russie, au 148ème rang sur 180 du Classement mondial de la liberté de la presse publié par RSF.

Si la Russie remonte à la 148ème place sur 180 pays au Classement mondial de la liberté de la presse publié par Reporters sans frontières (RSF) ce 20 avril 2016, ce n’est qu’à la faveur de la dégradation générale de la liberté de la presse dans le monde. En réalité, comme en atteste la dégradation de son score, la pression sur les médias indépendants ne cesse de s’amplifier. Le score indique la performance de chaque pays en matière de liberté de la presse, indépendamment de toute comparaison.


Confronté en 2011-2012 à un vaste mouvement de contestation, Vladimir Poutine s’emploie depuis lors à étouffer la société civile et à restreindre l’espace du débat public. Un tour de vis encore renforcé par la crise ukrainienne, les sanctions internationales contre la Russie et la crise économique. Ces dernières années, les lois liberticides se multiplient à un rythme si effréné que le Parlement s’est attiré le surnom d’“imprimante enragée”. L’espace d’expression se réduit, et la limitation drastique des investissements étrangers dans les médias fragilise l’indépendance de certains titres de référence.


Alors que les grandes chaînes de télévision abreuvent les citoyens d’un déluge de propagande, l’atmosphère devient étouffante pour ceux qui remettent en cause la nouvelle vulgate patriotique et néoconservatrice. Un climat de chasse aux sorcières qui touche aussi les médias indépendants, de plus en plus souvent désignés comme membres d’une “cinquième colonne” vouée à déstabiliser le pays. Malgré son retour sur certains bouquets satellitaires et câblés, la seule chaîne de télévision fédérale indépendante, Dojd, est toujours en butte à un harcèlement multiforme. Les principales organisations de défense des médias ont été déclarées “agents de l’étranger”.


Hier encore très libre, la Toile est reprise en main. La liste noire de sites internet bloqués, créée en 2012, ne cesse de s’allonger. Les blogueurs influents sont désormais tenus de s’enregistrer sous leur vrai nom et soumis à des obligations voisines de celles des médias. On ne compte plus les utilisateurs des réseaux sociaux arrêtés pour des propos qu’ils n’ont fait que relayer ou “liker”. Les autorités s’emploient à combler les dernières brèches du système de surveillance SORM, qui n’a rien à envier à celui de la NSA.


Loin de Moscou, ce contexte répressif encourage certains potentats locaux à redoubler d’ardeur dans leur chasse aux voix critiques. La fermeture de la chaîne sibérienne TV2, l’acharnement contre des blogueurs d’opposition à Rostov-sur-le-Don ou à Ijevsk, n’en sont que quelques exemples récents. Le dictateur tchétchène, Ramzan Kadyrov, entretient savamment le climat de terreur dans sa république.


Au nombre des constantes, il faut citer l’impunité des assassins et agresseurs de reporters. Mais aussi la résistance opiniâtre de nombreux journalistes, vétérans de la Glasnost ou membres de la génération Twitter, qui trouvent toujours de nouvelles façons de poursuivre leur travail d’information.