Yémen : RSF soutient la demande de création d’une commission indépendante pour enquêter sur l’arrestation du journaliste Ahmad Maher

Ahmad Maher est détenu par le Conseil de transition du Sud à Aden depuis le 6 Août 2022. Quelques jours après son arrestation, le journaliste de 25 ans est apparu dans une vidéo, avouant de graves crimes de terrorisme. Des bleus étaient visibles sur son torse. RSF soutient la demande de sa famille de créer une commission indépendante pour enquêter sur ces accusations et innocenter le nom du journaliste.

"Ahmad Maher est un journaliste qui paie le prix d'un conflit régional entre factions rivales. La vidéo de sa pseudo-confession est une cruelle farce et un simulacre de justice, déclare le bureau de RSF au Moyen-Orient. Ahmad Maher n’a rien a faire en prison.  RSF soutient la demande de sa famille pour la création d’une commission d’enquête indépendante et exige des autorités sa libération immédiate et inconditionnelle."  

La famille de Ahmed Maher, journaliste indépendant et ex-rédacteur en chef du site d'information Marsad Aden, demande la création d'une commission d'enquête indépendante et impartiale pour examiner la légalité de son arrestation et de sa confession filmée. Quelques jours après avoir été arrêté, le journaliste est apparu dans une vidéo,  en train d’avouer ses “crimes” sous la contrainte et les menaces. Sur les images, on voit le journaliste, visiblement fatigué et abattu, répéter sans conviction un texte dicté par un policier derrière la caméra.

"Ses confessions ont été obtenues sous la pression et la torture, affirme un membre de sa famille à RSF. Les marques de violence étaient visibles sur lui lorsque nous lui avons rendu visite en prison après la diffusion de la vidéo. Nous demandons une commission d'enquête qui soit la plus éloignée possible des parties impliquées dans le conflit yéménite.”

C'est une demande que la famille souhaite désespérément voir aboutir, compte tenu des graves accusations portées contre le journaliste, accusations motivées pour de simples raisons politiques selon ses proches. La déclaration de la famille de Ahmad Maher a été publiée par l'Observatoire de la liberté des médias au Yémen le 24 septembre. Elle demande :

"un comité d'enquête indépendant et neutre qui puisse enquêter à nouveau sur l'incident d'arrestation illégale d'Ahmad et de son frère à leur domicile, puis leur disparition forcée, puis l'apparition d'Ahmad dans une vidéo devant un enquêteur, répétant des aveux sous la contrainte."

Les autorités yéménites avaient déjà promis une enquête officielle sur l'arrestation du journaliste. Suite à la vague de condamnations qui avait suivi la diffusion de la vidéo de la confession d'Ahmad Maher, le chef du conseil présidentiel yéménite, Rashad Al Alimi, avait demandé le 5 septembre  l’ouverture d’une enquête officielle.

Sa demande n'a cependant pas abouti. Au lieu de cela, Ahmad Maher a été transféré de la station de police du Conseil de transition du Sud (CTS), qui contrôle la province du sud, à la prison de Bir Ahmed à Aden. La famille n'a plus le droit de lui rendre visite depuis. 

Malgré la tentative du président de s'imposer comme l'autorité officielle dans le pays, les véritables décisions sont prises ailleurs, au-delà des frontières du Yémen qui est empêtré depuis des années dans l'un des conflits les plus violents du Moyen-Orient, et  une guerre contre les rebels Houthis menée par l'Arabie saoudite contre le nord du pays, selon un expert de la région interrogé par RSF.

Ahmed Maher a été enlevé avec son frère à Aden, le 6 Août 2022, par des hommes armés affiliés CTS, qui contrôlent cette province du sud. Ils l’accusent d'être impliqué dans “des affaires qui compromettraient la sécurité et la stabilité de la région”, ce que ses proches nient. 

Selon les informations recueillies par RSF, Ahmed Maher a été porte-parole de la “Brigade des transports” avant d’en démissionner. Au service du gouvernement officiel, cette unité est considérée comme une organisation terroriste par le CTS. Sur sa page Facebook officielle, le journaliste se décrit aujourd’hui comme “politiquement indépendant”.

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