Ukraine : RSF réclame le rétablissement des accréditations aux journalistes ayant couvert la libération de Kherson

Depuis la contre-offensive des forces armées ukrainiennes entamée fin août, les journalistes font état de difficultés pour accéder à certains lieux libérés. Les autorités ont franchi un pas supplémentaire le 13 novembre, en retirant l’accréditation des journalistes ayant couvert la libération de Kherson. Scandalisée par cette décision, Reporters sans frontières (RSF) exhorte les autorités à assurer aux journalistes l’exercice de leur métier sans entraves.

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Vendredi 11 novembre, les forces armées ukrainiennes entrent à Kherson et les images d’une fête populaire dans cette ville libérée du sud de l’Ukraine font le tour du monde. Deux jours plus tard, les journalistes qui les ont filmées voient leurs accréditations retirées par le ministère de la Défense. Celui-ci justifie sa décision par le non-respect des règles édictées par le commandement militaire, qui menait alors une opération de sécurisation de la ville soit la couverture de cette libération sans attendre que l’accès à la ville soit autorisé et, par extension, du décret du commandant en chef des forces armées ukrainiennes du 3 mars 2022 encadrant les activités journalistiques. 

“Cette décision est choquante. L’information libre et indépendante est le seul rempart contre la propagande et la désinformation. Le retrait des accréditations est une sanction extrême et disproportionnée pour des journalistes qui ont simplement couvert la libération de Kherson. RSF exhorte les autorités ukrainiennes à les rétablir immédiatement.

Jeanne Cavelier
Responsable du bureau Europe de l’Est et Asie centrale de Reporters sans frontières

Alors que le nombre exact de journalistes concernés n’est pas encore connu, ce chiffre pourrait s’élever à plusieurs dizaines, dont les équipes de CNN, SkyNews, Hromadske ou encore Ukraïnska Pravda. Leur confusion face à cette décision et à son application chaotique est totale. Interrogés, certains journalistes relèvent, outre un manque de communication claire au moment des faits, que tous n’ont pas été sanctionnés de la même manière ;  d’autres ne savent même pas comment vérifier si leur accréditation a été retirée ou non. Tous dénoncent une décision à contre-sens. “Sur ces photos, vous voyez la joie des habitants de Kherson qui accueillent les libérateurs. Et moi, je vois une lettre des forces armées me retirant l’accréditation pour cause d’une ‘violation grave’, a écrit sur sa page Facebook le photographe Yevhenii Zavhorodnii

Plusieurs mois après le début de la contre-offensive ukrainienne, cet incident arrive dans un contexte plus général de critiques des journalistes face aux délais jugés trop longs pour accéder aux territoires qui viennent d'être libérés. Situation spécialement préjudiciable pour les médias souhaitant enquêter sur la vie des populations civiles locales et sur les crimes commis sous l’occupation. “Les officiers de presse font un travail formidable, souligne Anastasiia Stanko, journaliste de Hromadske contactée par RSF et dont l’accréditation a été annulée, mais nous aimerions moins de bureaucratie et plus de reconnaissance de l’importance du travail journalistique.” 

Au moins 11 000 journalistes sont à ce jour officiellement accrédités pour couvrir la guerre en Ukraine. 

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