Turquie : RSF dénonce l’acharnement judiciaire contre le journaliste Baris Terkoglu, qui risque un troisième emprisonnement

Le journaliste d’investigation Baris Terkoglu doit à nouveau comparaître devant la justice turque.

Le journaliste d’investigation Baris Terkoglu doit à nouveau comparaître devant la justice turque. Visé dans quatre affaires, il risque une nouvelle peine de prison pour avoir dénoncé les irrégularités du système judiciaire en Turquie. Reporters sans frontières (RSF) dénonce l’instrumentalisation de la justice en représailles de son travail journalistique critique et l’acharnement judiciaire dont il fait l’objet.

Ce sont les cinquième et sixième procès pour le journaliste d’investigation et éditorialiste, collaborateur régulier de Cumhuriyet (“République”) et de Halk TV (“Peuple”). Cette fois, c'est le tribunal correctionnel d’Istanbul qui va juger Baris Terkoglu, avec l’ouverture d’un procès ce 25 février. Visé par deux procureurs généraux d’Istanbul, il risque jusqu’à six ans et quatre mois de prison pour “insulte” et “diffamation” dans deux nouvelles affaires. Celles-ci viennent s’ajouter à deux autres procédures toujours en cours, et pour l’une desquelles le journaliste à déjà été condamné en première instance à deux ans de prison. Il avait auparavant été incarcéré dans deux précédentes affaires, dans lesquelles il a été acquitté.

“Baris Terkoglu, qui a déjà été injustement emprisonné à deux reprises en Turquie, est l'un des journalistes qui osent couvrir les irrégularités et mauvaises pratiques dans le système judiciaire et au sein de l’État. Il en paie le prix, un prix bien trop élevé Cela doit maintenant cesser. Il est inadmissible qu’un journaliste soit constamment menacé d'emprisonnement en représailles de son travail journalistique. Cette instrumentalisation de la justice et ce harcèlement judiciaire des professionnels de l’information doivent prendre fin.” 

Erol Onderoglu

Représentant de RSF en Turquie

Dans le nouveau dossier qui s’ouvre, le journaliste risque quatre ans de prison. Il est accusé de diffamation par l’ancien procureur général de la rive asiatique d’Istanbul, Ismail Ucar, en raison d’un éditorial paru en 2022 dans le quotidien Cumhuriyet. Intitulé “Ils tentent d’éliminer Imamoglu”, il traitait de la mainmise politique dans les affaires judiciaires, et plus précisément des pressions présumées sur un juge d’un tribunal d’Istanbul pour que le maire d’Istanbul, Ekrem Imamoglu, membre du parti d’opposition CHP (Parti républicain du peuple), soit condamné. Dans un second dossier, Baris Terkoglu risque deux ans et quatre mois de prison pour “insulte” envers le procureur général de la cour d’appel d’Istanbul, Hadi Salihoglu, au sujet duquel il a dévoilé des suspicions de liens avec un groupe criminel. 

Baris Terkoglu fait également partie des neuf journalistes jugés en correctionnelle pour avoir mis en cause l’ancien avocat du président Erdogan, Dogan Inal, accusé de corruption dans le livre Métastase 2, cosigné par Baris Terkoglu et Baris Pehlivan. Alors que ces deux journalistes sont attaqués pour des interviews, sept autres journalistes – le rédacteur en chef et un reporter du site d’information Independent TurkçeNevzat Cicek et Can Bursali, le rédacteur en chef du site d’information T24Dogan Akin, les journalistes Gokmen KaradagFatih PortakalCan Ozcelik et Aysenur Arslan – sont jugés dans ce même dossier pour avoir fait référence à cette affaire. Le procès se poursuivra le 29 mai prochain.

Le journaliste a déjà été condamné en première instance, le 2 mai 2024, à deux ans de prison en raison d’un autre éditorial dans Cumhuriyet. Cela à la suite d’une plainte du vice-ministre de la Justice et actuel procureur général d’Istanbul, Akin Gürlek, pour “exposition d’un agent anti-terroriste à la menace des organisations terroristes”. Or le journaliste n’avait effectué qu’un bilan des décisions retentissantes de Akin Gürlek, lorsque celui-ci présidait l’une des cours d’assises d’Istanbul. Ses avocats ont interjeté appel.

23 mois passés derrière les barreaux 

Ce n’est pas la première fois que Baris Terkoglu est menacé d’emprisonnement. En février 2011, Baris Terkoglu et plusieurs collaborateurs du site d’information Odatv, dont il était le directeur de l’information, ont été incarcérés, visés par une opération policière orchestrée par des magistrats appartenant à la mouvance religieuse de Fethullah Gülen. Injustement accusé d’appartenir à l’organisation illégale Ergenekon, Baris Terkoglu sera libéré après 19 mois passés derrière les barreaux. L’ensemble des journalistes seront également acquittés en 2017. 

Le 5 mars 2020, il est à nouveau incarcéré, avec cinq autres journalistes – Hülya Kilinç, Baris Pehlivan, Murat Agirel, Mehmet Ferhat Celik et Aydin Keser –, pour avoir dévoilé les images des funérailles d’un agent de l’Organisation nationale de renseignement turc (Milli Istihbarat Teskilati ou MIT), tué en Libye. Ils sont accusés d’avoir “divulgué des informations classées top secret” et “violé la loi sur les services de renseignement”. Après quatre mois de détention, Baris Terkoglu est libéré le 24 juin 2020, puis acquitté le 9 septembre 2020. 

Critiquer la justice reste tabou

En Turquie, les affaires judiciaires relèvent presque d’un tabou : cinq journalistes de la chaîne critique Halk TV comparaîtront le 4 mars prochain devant le tribunal correctionnel d’Istanbul, pour la diffusion d’un entretien avec un expert judiciaire enregistré à son insu, dans le cadre d’une enquête d’intérêt public. Le rédacteur en chef du média Suat Toktas est en prison depuis le 30 janvier. 

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Publié le
Updated on 26.02.2025