Somalie : RSF appelle le nouveau président à faire de la sécurité des journalistes une priorité de son mandat

Hassan Sheikh Mohamud le jour de son élection 15/05/2022

Lors de l’élection présidentielle du 15 mai en Somalie, les 275 députés et 54 sénateurs somaliens ont élu Hassan Sheikh Mohamud parmi les 39 candidats en lice. Dans un pays où l'insécurité et la corruption prévalent sur la liberté de la presse, Reporters sans frontières (RSF) appelle le nouveau président à faire de la sécurité des journalistes une priorité de son mandat. 

La longue bataille pour la présidentielle en Somalie a pris fin dimanche 15 mai. C’est finalement l’ancien président Hassan Sheikh Mohamud qui a été choisi par les législateurs de la Chambre du peuple et du Sénat, pour être le nouveau chef d’État de ce pays de 16 millions d'habitants de la Corne de l’Afrique, pour les cinq prochaines années. C’est la première fois qu’un président se voit confier un second mandat.

Avec plus de 30 journalistes tués pendant son premier mandat de 2012 à 2017, le régime de Hassan Sheikh Mohamud a été particulièrement répressif et violent avec les professionnels des médias. Son gouvernement est l’instigateur de la très répressive loi sur les médias de 2016, et a travaillé à miner l’action des militants des droits des médias.

RSF appelle le président nouvellement élu à décréter au plus vite un moratoire sur les arrestations de journalistes, à libérer les journalistes détenus, et à abroger les lois liberticides sur la liberté de la presse, dont le Code pénal de 1964, qui entravent les journalistes dans leur poursuite de la vérité.

« Dans un pays où l’exercice du journalisme est des plus dangereux, avec des journalistes pris entre le marteau des Shebab, premiers responsables des assassinats en toute impunité, et l’enclume des forces de sécurité, qui n’hésitent pas à les arrêter et les détenir arbitrairement, le nouveau président devra immédiatement prendre des mesures fortes pour changer ce tableau bien sombre, déclare Arnaud Froger, responsable du desk Afrique à RSF. Après un premier mandat très répressif contre les professionnels des médias, il devra montrer à la face du monde qu’il est en mesure de faire bouger les lignes en ce qui concerne la sécurité des journalistes et la protection de la liberté de la presse. »

Hassan Sheikh Mohamud succède à Mohamed Abdullahi Farmaajo. Si durant le mandat de ce dernier des mesures inédites ont été prises à l’instar de la mise en place d’un procureur spécial en charge des enquêtes sur les assassinats de journalistes ou de la condamnation d’un policier par contumace pour le meurtre d’un journaliste aucune réforme d'envergure n'a été menée à son terme en matière de liberté de la presse. 

Cette élection vient mettre fin à une période durant laquelle les journalistes ont été la cible des forces de l’ordre. Ainsi, Abdiaziz Haybe Ibrahim, qui couvrait les élections pour SBC Somali TV, s’est vu confisquer son matériel lors d’une descente de police dans ses bureaux.

Un peu plus tôt, en avril, dans la région autoproclamée indépendante du Somaliland, 15 journalistes avaient été placés en détention pendant plusieurs jours à la suite d’une violente vague d’arrestations arbitraires. Trois d’entre eux sont toujours injustement écroués et doivent comparaître lors d'une troisième audience ce mardi 17 mai devant le tribunal de Hargeisa.

La Somalie demeure le pays le plus dangereux du continent africain pour les journalistes. Le syndicat des journalistes somaliens NUSOJ a recensé  65 exactions sur la seule année 2021, dont les meurtres de Abdiaziz Mohamud Guled et de Jamal Farah Adan, et, depuis 2010, 50 professionnels des médias ont été tués dans le pays.

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Publié le 16.05.2022
Mise à jour le 16.05.2022