Slovaquie : face aux fortes pressions politiques, RSF s’associe à une nouvelle plateforme pour la liberté de la presse

Alors que la majorité au pouvoir, menée par le Premier ministre Robert Fico, attaque des journalistes, restreint l’accès à l’information et remet en cause l’indépendance des médias publics, Reporters sans frontières (RSF) demandera à la Slovaquie de rendre des comptes quant au respect de ses engagements internationaux sur la nouvelle plateforme publique de soutien à la liberté de la presse.

Créée par l’ancienne ministre de la Culture, la nouvelle Plateforme de la Slovaquie pour la promotion de la liberté de la presse et la sécurité des journalistes a tenu sa première session le 8 novembre dernier. Bien qu’il ait surtout été question de procédure, l’organisme consultatif a adopté une déclaration soulignant “la nécessité de totalement obtenir justice dans l’affaire de l’assassinat du journaliste Jan Kuciak et de sa fiancée Martina Kusnirova comme condition préalable importante à l’amélioration de la sécurité des journalistes et de la liberté de presse en Slovaquie”. Elle a également appelé à “renforcer les garanties d’indépendance de RTVS [l'audiovisuel public] sur la base, entre autres, du rapport 2022 de la Commission européenne sur l’état de droit”.

Dans l’affaire Jan Kuciak, une nouvelle décision en appel est attendue dans les prochains mois, après que la cour de première instance ait acquitté, pour la seconde fois, Marian Kocner, l’homme d’affaires poursuivi pour avoir commandité le meurtre en 2018. Outre l’impunité, la liberté de la presse en Slovaquie a été remise en cause – avant et après les élections de septembre – par les tentatives du parti au pouvoir d’entraver le journalisme indépendant.

“RSF will use the platform to hold Slovakia accountable for respecting its commitments within the international framework of rule of law. The statement approved by the members of the body provides a good starting point for a serious discussion towards the implementation of the European standards of press freedom. It would be reassuring if the upcoming government programme was drafted in the same spirit. In any case, at a time when media freedom in Slovakia faces strong political headwinds again, our organisation will use all means, including a dialogue with the national authorities, to defend trustworthy journalism.

Pavol Szalai
Responsable du bureau UE-Balkans de RSF

Composée de représentants des institutions publiques concernées, d’organismes de régulation et d’autorégulation, mais aussi d’organisations de défense de la liberté de la presse et des médias, dont le Centre d’investigation Jan Kuciak (ICJK) et RSF, la plateforme est, selon ses statuts, “un organisme de coordination permanent et expert pour la mise en œuvre des engagements issus d’initiatives nationales et internationales en soutien à la liberté de la presse et à la protection des journalistes”. Créée dans le cadre de la nouvelle campagne pour la sécurité des journalistes du Conseil de l’Europe, la plateforme répond également à une recommandation de la Commission européenne pour un dialogue structurel entre l’État et la communauté journalistique. En tant que membre de l’organisme et dans la ligne de ses objectifs à long terme en Slovaquie, RSF poursuivra son plaidoyer en faveur d’une pleine justice pour les crimes commis contre les journalistes, pour l’indépendance des médias publics et pour la mise en œuvre des recommandations de la Commission européenne en matière de sécurité des journalistes et contre les procédures-bâillons, le tout en conformité aux rapports sur l’état de droit de la Commission européenne.

Toutefois, le parti au pouvoir en Slovaquie ne semble pas avoir encore adopté une approche de ce type.

Nouvelles pressions politiques sur les journalistes

Alors que le rapport sur l’état de droit de la Commission européenne constatait, en 2022, “certains progrès” ces dernières années dans le renforcement de l’indépendance du radiodiffuseur public, la nouvelle coalition au pouvoir accuse sans fondement RTVS de partialité. Le 6 novembre dernier, dix jours à peine après son accession au poste de Premier ministre, Robert Fico déclarait que RTVS avait “rarement” joué le rôle de média de service public. Sa promesse, en février dernier, de “s’en prendre” à son directeur a trouvé un écho dans le débat en cours au sein de la majorité au pouvoir sur la séparation du média en sociétés de radio et de télévision, ce qui permettrait de fait d’écarter son dirigeant actuel.

Au lendemain de sa déclaration méprisante sur RTVS, le Premier ministre a attaqué la plus grande chaîne privée Markiza, les quotidiens Sme et Dennik N, et le média en ligne de feu Jan Kuciak, Aktuality.sk. Dans une vidéo consacrée à ce sujet, Robert Fico a qualifié à plusieurs reprises ces médias d’“hostiles” en raison de leurs critiques de sa politique vis-à-vis de la guerre en Ukraine, et il a admis “s’être demandé quel intérêt il y avait à leur parler et à leur fournir des informations”. De fait, les questions de ces quatre médias ont été régulièrement ignorées au cours des conférences de presse du parti de Robert Fico, Smer-SSD, et du jeune parti de coalition SNS. Durant la campagne électorale, Robert Fico a boycotté les débats de Markiza et le SNS a refusé des demandes d’interview des trois médias papier et électronique. Plus inquiétant encore, l’actuel Premier ministre a suggéré – avant et après les dernières élections – que les journalistes de Sme, de Dennik N et d’Aktuality.sk, qui ont enquêté sur la corruption liée à Smer, devraient faire l’objet de poursuites pénales pour leur travail.

Pendant cette période, les menaces verbales et en ligne contre des journalistes slovaques se sont multipliées, selon les données de la plateforme non gouvernementale Safe.Journalism.sk, initiée par l’ICJK avec le soutien de RSF.

La Slovaquie occupe la 17e place sur 180 pays au Classement mondial pour la liberté de la presse établi par RSF en 2023.

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