Singapour : RSF exige le rétablissement du site Asia Sentinel, bloqué par un oukase du gouvernement

Plateforme d’information indépendante couvrant l’actualité du continent asiatique, Asia sentinel est inaccessible sur le territoire singapourien depuis quinze jours, après avoir publié un article qui a déplu au gouvernement. Face au caractère parfaitement arbitraire de cette décision, Reporters sans frontières (RSF) exige que l’accès au site soit rétabli de façon immédiate et inconditionnelle.

Depuis maintenant deux semaines, c’est l’écran noir. Le site d’information Asia Sentinel a été mis hors-service le 2 juin dernier dans l’ensemble de la cité-État, suivant des ordonnances de blocage émises par l’Agence singapourienne de développement des médias d’information et de communication (Infocomm Media Development Authority, IMDA), un organe dépendant du gouvernement.  

Le site est accusé de ne pas s’être plié à une directive gouvernementale de “correction” d’un article en date du 24 mai intitulé “Singapour tue un poulet pour effrayer les singes” en référence à un vieux proverbe chinois utilisé pour décrire les techniques d’intimidation, notamment dans la presse. Un article qui comporterait de nombreux “mensonges”, selon les termes du ministère de l'Intérieur.

Cette seule remarque lui suffit pour invoquer la loi dite “POFMA”, pour “Prevention From Online Falsehoods and Manipulation” (Loi de protection contre les mensonges et les manipulations en ligne) un texte de 2019 largement critiqué par RSF pour son caractère parfaitement arbitraire, voire totalitaire.

“Avec la censure brutale d’Asia Sentinel, le gouvernement de Singapour montre son vrai visage : celui d’un pouvoir qui veut s’ériger en ministère de la Vérité, qui n’admet pas la critique et qui ne tolère qu’un journalisme de courtisans. Nous appelons le ministre de l’Intérieur, K. Shanmugam, à retirer immédiatement ces ordonnances de correction et à rétablir la connexion au média en ligne, afin de laisser les citoyens de la cité-État disposer d’une information libre et indépendante.

Daniel Bastard
Responsable du bureau Asie-Pacifique de RSF

L’auteur de l’article, John Berthelsen, cofondateur d’Asia Sentinel, avec qui RSF a pu échanger, maintient que toutes ses informations sont parfaitement sourcées. Il évoque notamment dans son enquête le sort d’un analyste financier et blogueur occasionnel, Andy Wong, forcé à l’exil après un harcèlement de la part des autorités singapouriennes pour avoir publié un article, en 2021, sur le site du magazine japonais Nikkei Asia.

Celui-ci avait pu établir des liens entre le crime organisé, la fréquentation d’établissements de prostitution illégaux et la propagation de la Covid-19 à Singapour. Contacté à l’époque par Andy Wong, RSF avait alors pu vérifier la véracité de ses allégations et des sources de l’auteur.

Informations à “rectifier”

La loi POFMA est censée empêcher la diffusion de contenus “trompeurs” ou “mensongers” sur Internet en obligeant les médias visés à placer un message de “correction” au-dessus de leur publication - et à “rectifier” effectivement les informations qui ont déplu au gouvernement dans le corps du texte.

De fait, ce texte, déjà imposé plus d’une soixantaine de fois, a été essentiellement utilisé pour supprimer toute forme de propos critique envers les autorités singapouriennes. En octobre 2021, le site The Online Citizen, l’un des seuls portails d’information indépendant de la Cité-État, a vu sa licence définitivement annulée après un oukase émanant de l’IMDA.

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