RSF exige la libération de Younis Abdulsalam, journaliste yémenite détenu par les Houthis

Younis Abdulsalam a disparu en août 2021, à Sanaa, au nord du Yémen sous le contrôle des rebelles houthis. Les services de renseignement locaux ont admis le détenir. RSF demande sa libération immédiate.

"Younis Abdulsalam est une voix yéménite remarquable et courageuse qui n'a pas sa place en prison ", déclare Jonathan Dagher, responsable du bureau Moyen-Orient à RSF. "Cette détention arbitraire depuis plus d'un an a des conséquences sur sa santé mentale et son bien-être. Il a besoin d'un suivi médical urgent et, plus important encore, il a besoin d’être libre. Nous demandons de toute urgence aux Houthis de le libérer."

Selon son frère Sultan qui a pu le visiter en prison, la santé mentale du journaliste de 28 ans s'est gravement détériorée au cours des 14 mois qu’il a déjà passé en détention. Younis Abdulsalam s'est vu refuser à plusieurs reprises de visites médicales, malgré une attestation délivrée par l’hôpital gouvernemental de santé mentale à Sanaa prouvant qu'il a besoin d'un traitement régulier et d'un suivi médical. Selon son frère, Younis semble également avoir perdu presque la moitié de son poids. 

Avant son interpellation le 8 août 2021, dans les messages qu'il  publiait sur sa page Facebook, il citait fréquemment Nietzsche, Voltaire et Beckett s’exprimant sur des sujets tels que la religion ou critiquant la politique des houthis à Sanaa. Lors des premiers jours de sa détention, il a été violemment battu, frappé à coups de poing et de pied, harcelé, humilié et isolé dans une minuscule cellule. Transféré à la prison des services de renseignement, il a été enfermé sans procès, accusé de communiquer avec des “forces étrangères”. 

Une privation arbitraire de lecture

“La dernière fois que j’ai vu Younis, il était mentalement dévasté, a déclaré son frère Sultan à RSF. Il avait demandé de la lecture, ce qui a été refusé. Nous avons négocié avec les dirigeants de la prison. Finalement, ils ont accepté que nous lui apportions des ouvrages non-politiques, mais quand nous sommes arrivés avec des livres littéraires, ils ont changé d'avis. Younis s'est complètement effondré, c'était la goutte d'eau qui a fait déborder le vase.” En plus d’être une mesure arbitraire, cette privation de lecture est, selon son frère, le signe que la détention de Younis va se prolonger.

“En prison, Younis passe son temps à lire les livres religieux et à regarder leurs chaînes de télévision. C’est tout ce qu’on lui donne le droit de faire, explique Sultan. Son maintien en détention est dû à son refus de se soumettre à certaines croyances et pensées. C’est un écrivain libre et instruit. Les Houthis n’aiment pas ça.”

Des promesses de libération non tenues

Depuis l’arrestation de Younis, les autorités houthies laissent entendre à la famille qu'elles pourraient libérer le jeune journaliste, mais ces promesses ne se sont jamais concrétisées. Bien qu'elle n'ait pas été autorisée à rendre visite à Younis, Samah Sbeih, son avocate, a présenté une demande de libération en janvier 2022.  Motifs : "arrestation arbitraire, disparition forcée, menace à sa vie, en tant que personne souffrant de troubles mentaux,”
“Il n'y a aucune justification légale à l'emprisonnement de Younis, explique-t-elle. Sa seule faute est d'avoir une opinion. Tout comme les autres journalistes yéménites détenus ou condamnés à cause de leurs opinions.” 

En 2015, les Houthis ont condamné à mort 4 journalistes :  Abdul Khaleq Amran, Akram Al-Walidi, Hareth Humaid et Tawfiq Al-Mansouri.

 

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