RSF et deux organisations yéménites appellent à libérer les journalistes emprisonnés au Yémen

Trois journalistes yéménites ont récemment été emprisonnés dans chacune des zones de contrôle du pays. Reporters sans frontières (RSF), l’Insaf Center et Marsadak appellent à leur libération immédiate. 

Ces trois cas d’emprisonnement montrent que toutes les parties prenantes au conflit yéménite sans exception commettent des violations contre les journalistes, déclare la responsable du bureau Moyen-Orient de RSF, Sabrina Bennoui. En fonction de la zone de contrôle, les reporters sont pris entre trois feux, pas seulement deux : le gouvernement officiel, les sudistes et les Houthis.

Ahmed Maher, Younis Abdulsalam et Jamil Al-Samet : ces trois journalistes ont récemment été emprisonnés par les différentes forces en présence sur place. La guerre au Yémen oppose le gouvernement reconnu par la communauté internationale, soutenu par la coalition arabe menée par l’Arabie saoudite, le Conseil de transition du sud (CTS) soutenu par les Émirats arabes unis et la rébellion houthie soutenue par l’Iran. 

Le 6 août, Ahmed Maher, journaliste indépendant et ex-rédacteur en chef du site d'information Marsad Aden, a été enlevé avec son frère à Aden par des hommes armés affiliés au CTS, qui contrôle cette province du sud. Ils l’accusent d'être impliqué dans “des affaires qui compromettraient la sécurité et la stabilité de la région”, ce que ses proches nient. Selon les informations recueillies par RSF, Ahmed Maher a été porte-parole de la “Brigade des transports” avant d’en démissionner. Au service du gouvernement officiel, cette unité est considérée comme une organisation terroriste par le CTS. Sur sa page Facebook officielle, le journaliste se décrit aujourd’hui comme “politiquement indépendant”.

Alors qu’il essayait de rendre visite à son fils, le père d’Ahmed Maher a été battu par les services de sécurité, explique Mohammed Esmail, directeur exécutif du Yemen Media Freedom Observatory (Marsadak), qui a engagé une procédure pour fournir un avocat au journaliste. Son véhicule et son téléphone portable ont été fouillés.” En avril dernier, son domicile avait été saccagé et sa famille menacée de mort. En 2019, un mandat d'arrêt avait déjà été émis contre lui par le CTS. 

En mai 2022, Jamil Al-Samet, un autre journaliste emprisonné depuis février 2019, a été condamné par le Tribunal de Taiz à un an de prison et à une amende pour “insulte envers des généraux”. Cette ville disputée est actuellement contrôlée en partie par le gouvernement officiel, l’autre partie étant occupée par les Houthis. Le journaliste avait dénoncé la corruption au sein de l’Axe de Taiz, une brigade militaire chargée de protéger la zone pour le compte du gouvernement et dont les officiers sont majoritairement affiliés au parti Islah (branche yéménite des Frères musulmans). Il collaborait avec plusieurs médias, dont le site d’information Al-Wahdawi, d’obédience panarabiste.

Détenu par les Houthis à Sanaa depuis le 4 août 2021, Younis Abdulsalam attend toujours d’être pris en charge sur le plan médical, selon un compte-rendu que RSF est parvenu à se procurer. Accusé de “communiquer avec des entités étrangères”, le journaliste indépendant a été mis à l'isolement pendant quatre-vingt jours. Il est atteint de troubles obsessionnels compulsifs auxquels sont venues s’ajouter les différentes séquelles psychologiques provoquées par les tortures et mauvais traitements en détention.

Le Conseil de sécurité et les envoyés spéciaux au Yémen doivent exercer plus de pression sur toutes les parties, surtout les Houthis, qui ont notamment condamné à mort quatre journalistes”, constate Eman Homaid, directrice de l’Insaf (Center for Defending Freedoms & Minorities), une ONG de défense des minorités. 

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