RSF dénonce les récentes atteintes à la liberté de la presse au Koweït

Lire en arabe (بالعربية) Reporters sans frontières est préoccupée par la plainte déposée par le ministère de l’Information contre deux journalistes de la chaîne koweïtienne Al-Youm, qui ont lu à l’antenne un communiqué de l’opposition, pendant le bulletin d’informations du 9 octobre 2012. L’organisation dénonce également la confirmation par la cour d’appel, le 20 février 2013, de la condamnation à un mois de prison, pour “diffamation” et “calomnie”, de l’éditeur du journal en ligne Alaan, Zayed Al-Zaid, suite à une plainte déposée par l’ancien ministre du Pétrole, Abdulmohsen Al-Madaj. Le journaliste a été arrêté et incarcéré, le 27 février dernier, à l’aéroport international de Koweït City, à son retour de Washington. Rima Al-Baghdady et Ahmad Al-Enezi sont accusés d’avoir “porté atteinte à l’honneur et à l’autorité de l’émir” et d’avoir “insulté les valeurs traditionnelles de l’émirat” du Koweït, des charges passibles de cinq ans d’emprisonnement. Arrêtés le 7 novembre 2012, ils ont aussitôt été libérés sous caution. Hassan Rouq, directeur de l’information, et Ahmad Jabr, directeur général de la chaîne satellitaire, ont également été appelés à comparaître. Lors de la première audience du 5 décembre dernier, les quatre accusés ont nié l’ensemble des accusations. Ils sont actuellement en attente de la suite du procès, reporté au 10 avril prochain. Reporters sans frontières dénonce la condamnation à une peine de prison ferme et l’arrestation de Zayed Al-Zaid, ainsi que la tenue d’un procès contre les journalistes de la chaîne koweïtienne Al-Yaum, visant des professionnels qui n’ont fait qu’exercer leur métier, et s’inquiète d’assister à une dégradation de la liberté de l’information. “La condamnation à une peine privative de liberté pour tout délit d’opinion et/ou d’expression constitue une violation claire des engagements internationaux du Koweït. Par ailleurs, les accusations contre Rima Al-Baghdady et Ahmad Al-Enezi sont extrêmement dangereuses. Elles indiquent que le ministère de l’Information confond allègrement opinion et information. Nous sommes inquiets de l’augmentation du nombre de procès visant des journalistes, mais également des cyberactivistes ou de simples citoyens auteurs de tweets jugés “insultants” envers l’émir”, a déclaré Reporters sans frontières. Ces procès peuvent donner lieu à des condamnations à de lourdes peines, comme dans le cas de Sager Al-Hashash, militant de l’opposition, condamné le 7 mars à deux ans de prison ferme pour ses prises de position sur Twitter et sur son blog. Ce constat est partagé par d’autres organisations internationales, comme Human Rights Watch. “Il est crucial pour la démocratie koweïtienne de veiller à ce que les journalistes puissent exercer leur métier librement. Le procès de Rima Al-Baghdady et Ahmad Al-Enezi constitue un véritable signal d’alarme. Nous demandons au ministère de l’Information de retirer sa plainte. Les charges qui pèsent contre les deux journalistes doivent être abandonnées”, a déclaré l’organisation. Reporters sans frontières rappelle que le Koweït est signataire du Pacte international relatif aux droits civils et politiques des Nations unies, et qu’à ce titre il se doit d’en respecter l’article 19.
Publié le 07.03.2013
Mise à jour le 20.01.2016