Rapports

10 septembre 2002 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Zéro tolérance pour la presse : enquête sur l'assassinat du journaliste Brignol Lindor


Enquête de : Christian Lionet et Calixto Avila Rapport de mission en Haïti - septembre 2002 Le 3 décembre 2001, à Petit-Goâve, un bourg situé à 70 kilomètres au sud-ouest de Port-au-Prince, un journaliste a été battu à mort par une bande de tueurs liée aux autorités politiques locales et se réclamant du mouvement "Lavalas" (l'Avalanche) du président Jean-Bertrand Aristide. Cette agression, particulièrement horrible, a coûté la vie à un jeune homme brillant, compétent, cultivé, indépendant des coteries rivales, attaché à sa ville natale. Beaucoup considéraient Brignol Lindor, 31 ans, comme "l'avenir" de cette commune déshéritée. Ce meurtre survient alors que la situation de la liberté de la presse ne cesse de se dégrader en Haïti depuis l'assassinat de Jean Dominique, directeur de Radio Haïti Inter, le 3 avril 2000. Entre janvier et novembre 2001, au moins seize journalistes ont été menacés ou agressés, le plus souvent par des policiers ou des partisans proclamés de Fanmi Lavalas ("La Famille Lavalas"), le parti du Président, qui, pour tenter de se justifier, accusent la presse de faire le jeu de l'opposition en critiquant la gestion gouvernementale. L'absence d'investigation sur ces exactions et les nombreux obstacles rencontrés lors de l'enquête sur la mort de Jean Dominique montrent que les agresseurs sont couverts par les autorités. Dans ce contexte, l'assassinat de Brignol Lindor est interprété comme un nouvel avertissement par l'ensemble de la profession. Lors de la parodie de tentative de coup d'Etat du 17 décembre 2001, dénoncée depuis par l'Organisation des Etats américains (OEA), de nombreux journalistes sont pris à partie par des sympathisants du gouvernement. Craignant de subir le même sort que leur confrère, une quinzaine d'entre eux choisissent de quitter le pays. D'autres les suivront sur le chemin de l'exil. Aujourd'hui, la progression des enquêtes sur les assassinats des deux journalistes est attentivement suivie par les médias qui attendent qu'un coup d'arrêt soit donné à leurs assaillants. Pourtant, neuf mois après la mort de Brignol Lindor, seuls quatre des assassins présumés, sur la vingtaine d'agresseurs désignés par des sources concordantes, sont sous les verrous. Les autres, certains bien connus de la population locale et qui se sont glorifiés de leur crime n'ont pas été inquiétés par la police. Quant à la justice, elle se hâte très lentement : le procès espéré ne s'ouvrira que lors de la prochaine session de la cour d'assises, en 2003, et la plupart des inculpés seront alors probablement jugés par contumace. L'instruction épargnera d'ailleurs vraisemblablement les instigateurs présumés du crime, à savoir les membres du conseil municipal et les chefs des administrations locales en place à l'époque. La plupart d'entre eux continuent d'exercer leurs fonctions à Petit-Goâve. Ces derniers avaient nommément désigné la victime comme un "terroriste", et appelé à lui appliquer la formule "zéro tolérance" énoncée quelques mois plus tôt par le chef de l'Etat, une consigne que de nombreux observateurs en Haïti interprètent comme une invitation explicite à éliminer les délinquants sans autre forme de procès. C'est cette même formule qui a été invoquée par les exécutants du journaliste au moment du meurtre et dans des aveux livrés à une association de défense de la liberté de la presse, deux jours seulement après leur forfait. Dans un pays déchiré par les passions et la violence, saigné par une corruption générale et abandonné par la communauté internationale, l'affaire Brignol Lindor relève du cas d'école, tristement éloquent de l'impunité dont jouissent hommes de main et complices d'un pouvoir autoritaire multiforme, articulé en réseaux autonomes, solidaires et hors contrôles. "Zéro tolérance" pour le "terroriste" Brignol Lindor Le 28 novembre, cinq jours avant sa mort, Brignol Lindor anime comme chaque mercredi soir une émission de débats, "Dialogue", sur les ondes d'une station de radio locale, Echo 2000. Actualité oblige, il a invité à s'exprimer trois porte-parole de l'opposition qui, en termes virulents, invitent deux heures durant leurs concitoyens à participer en masse à une grève nationale de protestation contre le gouvernement. Cette grève, les deux jours suivants, est un succès à Petit-Goâve, où la population est majoritairement favorable à la "Convergence Démocratique", le cartel de l'opposition anti-Aristide. Elle s'accompagne de manifestations, de heurts violents entre militants Fanmi Lavalas et de l'opposition, d'échauffourées avec la police, et même de fusillades. Le 30 novembre au matin, les autorités locales, affiliées au parti Fanmi Lavalas, réagissent par une conférence de presse qui s'apparente, comme c'est de coutume en Haïti, à un meeting politique. Par la voix de l'adjoint au maire Dumay Bony, l'un des trois membres du "cartel" (conseil) municipal, elles annoncent le lancement de l'opération "mettre de l'ordre dans le désordre". Bony déclare notamment vouloir "déclencher une mobilisation manches longues (de longue durée) contre les bandits", et il appelle à la création d'une "brigade de vigilance" (groupe paralégal d'autodéfense) pour "aider la Justice et la Police à appliquer correctement le "zéro tolérance" pour tous les terroristes". Puis le maire-adjoint, salué par des salves d'applaudissements et le slogan "Aristide ou la mort !", lit une liste de cinq noms de fonctionnaires accusés d'être des activistes infiltrés dans l'administration et contre lesquels il réclame "la mise en mouvement de l'action publique". Brignol Lindor, employé de la douane, figure en deuxième position sur cette liste. Le 3 décembre, les esprits sont chauffés à blanc. Les militants de l'opposition organisent une manifestation qui se grossit des lycéens en fin de matinée. Vers 11h30, la police disperse énergiquement la foule. Vers midi, selon un rapport de l'Association des journalistes de Petit-Goâve (AJPEG), deux militants du parti Lavalas blessent à coups de machette un partisan de la Convergence. Au même moment, la police tire des coups de feu contre des manifestants qui ont érigé une barricade de pneus enflammés sur la route nationale. Dans leur fuite, les émeutiers croisent un militant Lavalas notoire, Joseph Duvergé, connu pour diriger une "organisation populaire" (groupe de partisans du président Aristide), appelée "Domi nan bwa" ("dormir dans les bois" : les maquisards). Ils le lapident et le laissent pour mort. Sérieusement blessé, Duvergé sera recueilli par la police et hospitalisé. Un meurtre à coups de hache et de machettes Ce lundi 3 décembre, à 12h15, Brignol Lindor, également enseignant, termine un cours de sciences sociales au Centre secondaire de la Caraïbe de Petit-Goâve. Il gagne le collège Toussaint Louverture où l'attend un autre journaliste-enseignant, son ami Emmanuel Clédanor. Ce dernier a accepté en effet de le conduire dans sa jeep à L'Acul, un faubourg rural de la ville, distant de cinq kilomètres. Un 4x4 est indispensable pour s'y rendre, par une piste défoncée où l'on roule à pas d'homme. Ils partent vers 12h30, et passent devant la douane, où Lindor est également employé. Il en porte d'ailleurs l'uniforme ce jour-là, chemise, cravate et souliers. Au niveau du lieu-dit "Curtis", à la sortie de l'agglomération, ils s'arrêtent brièvement, le temps pour Brignol de discuter avec une connaissance. Nouvel arrêt à la hauteur d'un petit garage, à la limite de la zone urbanisée. Là, un homme les aborde en les invectivant, et Lindor invite Clédanor à repartir rapidement, affirmant avoir identifié en l'individu un "Lavalas rouge" (extrémiste). Ils arrivent vers 13 heures à L'Acul, au lieu dit "Mont Carmel". Un groupe de personnes excitées interceptent le véhicule. Sans couper le moteur, Clédanor descend pour discuter : "Messieurs, que se passe-t-il ?" Il reconnaît des membres du groupe "Domi nan bwa", et identifie même un de ses anciens élèves, Maxi Zéphyr, qui lui réplique : "Tu vas le savoir !" Et l'homme lance une pierre sur la voiture. Clédanor voit alors Brignol Lindor prendre la fuite et se réfugier dans la maison la plus proche, sur le bas-côté droit du chemin. Lui-même se sauve de l'autre côté dans un champ de canne à sucre et de pois. Il parviendra à prendre la fuite, aidé par un membre du groupe des agresseurs, un certain Aboundaï. Les autres attaquants se concentrent sur Lindor. Selon les différents témoignages recueillis par la suite par des journalistes haïtiens et les enquêteurs de Reporters sans frontières et du réseau Damoclès, la maison où s'est abrité Lindor appartient à Pétuel Zéphyr fils, dit "Ti Pétuel", un frère de Maxi Zéphyr et membre de l'ASEC (assemblée de section communale) de L'Acul. Mais il en est aussitôt expulsé. Un certain Fritzler Doudoute l'aurait alors fait chuter d'un coup de pied puis, selon le rapport de l'AJPEG, un homme surnommé "Ti Simon" lui aurait administré un premier coup de hache. Le lynchage commence, auquel auraient participé les individus nommés Raymond Désulmé, Sissi Dio, D'or Monal, Joël Jolifils, Saint-Juste Joubert, Bob Toussaint, ainsi que Lionel Doudoute, Ti Florian, Jean-Raymond Flory, Sedner Sainvilus (dit "Ti Lapli"). Ces quatre derniers, ainsi que Ti Pétuel, nieront par la suite leur présence sur les lieux. Un certain Tirésias aurait transpercé Brignol Lindor d'un coup de pique, imité par un individu nommé Colbert Ambalane. Un troisième homme, Bernard Desama, l'aurait alors achevé d'un coup de pierre sur la tête. Brignol Lindor, peut-être déjà mort, est brûlé aux jambes, au-dessus des genoux. Son cadavre est alors tiré dans les champs, et abandonné dans une flaque d'eau, sur le ventre. Les malfaiteurs reviendront un peu plus tard pour brûler le 4x4. Un témoin rencontré par les représentants de Reporters sans frontières et du réseau Damoclès, et qui a requis l'anonymat, met en cause un nouveau protagoniste dans cette phase du méfait, Collin Bélony. Selon ce témoin, ce dernier "est arrivé sur les lieux après la mort de Brignol, mais c'est lui qui a été chargé d'aller acheter un bidon de gazoline (essence) dans un point de vente sur la route nationale 2, à environ un kilomètre de là". Confirmant l'implication présumée de Fritz Doudoute, le frère de Fritzler et Lionel Doudoute, dans l'incendie du véhicule, il ajoute : "Cette essence a permis à Fritz Doudoute d'enflammer la jeep de Brignol." L'inertie de la police Rentré chez lui, Emmanuel Clédanor téléphone au poste de police. Mais l'opérateur, témoigne-t-il, lui raccroche au nez à deux reprises. En ville, la nouvelle de l'agression est rapidement divulguée par des voyageurs en provenance de Miragoâne déviés par la piste de L'Acul, la route nationale étant coupée par des barricades de manifestants. Le frère de Brignol, Moreno Lindor, est informé des événements vers 13h30. On lui a rapporté que Brignol est grièvement blessé. Sur le conseil d'un ami, Sincère Montigène, membre de l'AJPEG, Moreno se rend au commissariat où le préposé de permanence lui assure être déjà au courant mais précise qu'aucun policier n'a encore été dépêché sur les lieux. Moreno Lindor alerte alors au palais de Justice Me Dumerzier Bellande, substitut du commissaire du gouvernement (procureur) de Petit-Goâve. Le substitut a déjà été contacté par téléphone par un juge d'instruction, Alexandre Clédanor, frère d'Emmanuel Clédanor chez qui ce dernier s'était réfugié après l'agression. Le substitut a déjà ordonné à la police, assure-t-il à Moreno Lindor, de se rendre sur les lieux. A six reprises encore, témoigne Moreno Lindor, il retourne au commissariat, accompagné cette fois d'un cousin, Louis Géraud. Il s'entend d'abord répondre, de la part du commissaire Alix Alexandre, chef de la police, que Brignol n'est que blessé, le policier ayant pu confondre de bonne foi le cas de Brignol et celui de Joseph Duvergé. Puis le policier de permanence à l'accueil lui promet qu'une patrouille se prépare, et partira d'un moment à l'autre. Enfin, énervé par les interventions répétées de Lindor et Géraud, il finit par lâcher : "Je ne bouge pas. Laisse-nous tranquilles, je ne vais nulle part". La levée du corps Louis Géraud et un autre cousin de Moreno et de la victime, Dominique Jean, décident alors de se rendre eux-mêmes sur les lieux. Les agresseurs ont disparu. Ils découvrent le cadavre, qu'ils cachent à un autre endroit dans les champs avant de revenir en ville chercher un véhicule. Ils constatent que la jeep de Clédanor a les vitres brisées. A Petit-Goâve, les deux cousins convainquent l'entreprise de pompes funèbres Notre-Dame de les accompagner. Ils relèvent le corps, atrocement mutilé, et l'installent dans le corbillard. Ils constatent qu'entre leurs deux déplacements, la jeep a été incendiée. Sur le chemin du retour, ils croisent un véhicule avec à son bord le substitut Dumerzier Bellande, le juge de paix Julien Lenor et le commissaire Alexandre. Les trois hommes examinent le corps sur place et rentrent à Petit-Goâve. La dépouille de Brignol Lindor est entreposée à la chapelle funéraire Notre Dame. Détail macabre : dans la soirée, des inconnus rapportent triomphalement la cravate ensanglantée de Brignol Lindor au local de la radio Echo 2000. Les aveux des assassins : "Brignol l'a cherché" Le 5 décembre, Guyler Delva, secrétaire général de l'Association des journalistes haïtiens (AJH), enquête sur place. Il est escorté par quatre policiers délégués, "pour sa sécurité", par le commissaire Alexandre. Les agents le conduisent à L'Acul, auprès des dirigeants de Domi nan bwa. Guyler Delva ne peut identifier ces derniers formellement faute de les connaître, à l'exception de Joseph Duvergé, qui est sorti de l'hôpital, et de Pétuel Zéphyr fils, le propriétaire de la maison où Brignol Lindor avait tenté de se réfugier. Ses interlocuteurs lui affirment, comme en atteste l'enregistrement de leur conversation, "avoir participé au lynchage non pas d'un journaliste, mais d'un membre de la Convergence (démocratique) répondant au nom de Brignol Lindor. Nous avons appris qu'un des membres fondateurs de notre organisation (Joseph Duvergé) avait été attaqué à coups de machette par des militants de la Convergence, expliquent-ils. Nous nous sommes tout de suite mobilisés. C'est alors que des membres de la Convergence (Brignol Lindor et Emmanuel Clédanor) sont venus terroriser la population en tirant des coups de feu (ni Brignol Lindor, ni Emmanuel Clédanor n'étaient armés lors de leur déplacement à L'Acul). La population les a pourchassés, nous leur avons jeté des pierres, nous les avons roués de coups de bâton jusqu'à ce qu'on éteigne le souffle de l'un d'entre eux, Brignol Lindor". "Nous ne lui reconnaissons pas le statut de journaliste. C'est un membre de la Convergence et un employé de la douane qui finance les attaques contre les membres de la Famille Lavalas à Petit-Goâve", précisent les membres de Domi nan bwa au secrétaire général de l'AJH. Joseph Duvergé ajoute : "Brignol Lindor est un malfaiteur, il l'a cherché. Il a été tué non pas par une, deux ou cinq personnes. Si 10, 15 ou 20 personnes tuent quelqu'un, on ne doit arrêter personne. Il est bel et bien mort. Brignol n'est pas roi, c'est un magouilleur, un agent des douanes qui vole les recettes de l'Etat et qui cherche à déranger cette nation (…) C'est dans ce contexte que la formule zéro tolérance a été appliquée contre lui." Les jours suivants, les aveux enregistrés des assassins ont été diffusés par les radios et Guyler Delva a transmis les informations dont il disposait à Bellande Dumerzier, substitut du commissaire du gouvernement de Petit-Goâve, alors en charge du dossier. "On va laisser celui-là pour prendre ce journaliste" Love Augustin a bien failli connaître le même sort que Brignol Lindor. Ce 3 décembre, cet homme de 56 ans, qui tient un commerce de boissons au centre de Petit-Goâve, et par ailleurs petit propriétaire terrien dans la zone de L'Acul, s'était rendu sur place à bord de sa motocyclette Honda pour cueillir des mangues et des noix de coco. "J'ai été entouré par une trentaine de garçons armés de machettes et de piques, raconte-t-il. Ils m'ont arrêté en criant : "Tu n'est pas de Lavalas, ceci cela, patati patata, on va te tuer." Ils font cercle, on me met une machette sous la gorge. Moi, je discute : "Je ne fais pas de politique, je ne fais rien, je ne suis rien." Quand arrive une jeep. Saint-Juste Joubert était visiblement le meneur du groupe. Il dit aux autres : "On va laisser celui-là pour prendre de préférence ce journaliste. C'est Brignol Lindor. Parce que le magistrat (l'adjoint au maire) a dit d'appliquer le zéro tolérance à ce journaliste". Alors tout le monde s'est mis à suivre la voiture et à la bloquer un peu plus loin. Moi, j'ai mis du vent dans les voiles. Je me suis caché à cinq cents mètres de là. Puis des gens m'ont dit que Brignol était mort. J'ai été personnellement prévenir la police." Les funérailles de Brignol Lindor ont été l'occasion, le 10 décembre, d'une imposante manifestation autour de l'église et d'affrontements avec des "chimères" (casseurs) pro-Lavalas. La police est brutalement intervenue avec des gaz lacrymogènes, au point que seules quelques personnes ont pu assister à l'ensevelissement au cimetière. Moreno Lindor explique que lui-même et son père ont été contraints de quitter discrètement l'église, de crainte d'être pris pour cibles par des partisans du pouvoir. Seuls quatre suspects écroués Dans les jours suivant les funérailles, le substitut Bellande Dumerzier a émis une vingtaine de mandats d'amener contre des personnes soupçonnées tant dans le meurtre de Brignol Lindor que dans l'agression de Joseph Duvergé. Fin juillet 2002, seules quatre personnes soupçonnées d'avoir participé à l'assassinat du journaliste étaient écrouées : Fritz Doudoute, Ti Florian, Sedner Sainvilus (Ti Lapli), à Petit-Goâve, et Maxi Zéphyr, arrêté à Port-au-Prince dans le cadre d'une autre affaire et qui se trouve actuellement détenu au Pénitencier national, dans la capitale. Un cinquième suspect, Colbert Ambalane, aurait été brièvement détenu au début du mois de juin. L'instruction a finalement été confiée au juge Fritzner Duclair, qui n'a pas obtenu de l'autorité pénitentiaire le transfert à Petit-Goâve de Maxi Zéphyr. Selon nos informations, le juge a quasiment achevé son instruction, et le substitut finalise son réquisitoire. Le premier devrait émettre début septembre sept mandats d'arrêt, mais élargir pour non-lieu Ti Florian et Sedner Sainvilus (Ti Lapli), faute de preuves. L'inculpation d'assassinat à l'encontre de Fritz Doudoute devrait être requalifiée pour celle d'incendiaire criminel, crime qui relève également des assises. Les trois hommes auraient convaincu le juge qu'ils n'étaient pas sur les lieux du crime au moment des faits. Sauver les apparences Les autorités se défendent d'abriter quiconque sous le manteau de l'impunité. Elles expliquent le peu d'arrestations par l'impuissance de la police à opérer dans une zone quasiment hors contrôle, dont les habitants refusent de collaborer, et par la clandestinité dans laquelle se seraient réfugiés les principaux suspects. Elles assurent avoir fait tout ce qui était en leur pouvoir. Le président Aristide a ainsi personnellement remis au juge Duclair, un véhicule neuf, une jeep Montero Mitsubishi d'une valeur de 42 000 euros, pour l'aider dans son instruction. Les policiers du commissariat de Petit-Goâve originaires de la ville ont été mutés, pour éviter d'éventuelles connivences avec les suspects. Le commissaire Alix Alexandre a été muté au siège central de la police à Port-au-Prince, à une fonction administrative, ce qui peut passer pour une forme de sanction. Le cartel municipal a finalement dû démissionner début janvier 2002, après les manifestations de colère de la population lors des funérailles de Brignol Lindor. Il a été remplacé par trois nouveaux magistrats désignés par le gouvernement, des personnalités réputées modérées et apolitiques, avec mission de "calmer les esprits". Pour sa part, le substitut Bellande Dumerzier assure avoir reçu l'instruction formelle du ministre de l'Intérieur et du ministre de la Justice d'activer l'enquête, qui lui ont expliqué "avoir eux-mêmes intérêt à ce que cela avance". Dans ces conditions, on s'achemine vers un procès aux assises d'inculpés dont la plupart seront jugés par contumace. Passivité et lenteurs de la justice et de la police Mais seules les apparences seront sauves. Sans sous-estimer de réelles difficultés, en particulier des communications très difficiles à Petit-Goâve, et la faiblesse des moyens de la police et de la justice, l'enquête et l'instruction ont été excessivement lentes et totalement insuffisantes. Cette lenteur est d'autant plus choquante que la société haïtienne et la communauté internationale, indignées par la mort tragique de Brignol Lindor, exigent qu'une enquête sérieuse soit menée par les autorités. Alors que, le surlendemain du crime, Guyler Delva avait été conduit auprès des suspects par des policiers, ces derniers se sont montrés, par la suite, incapables d'interpeller la plupart des assassins présumés, dont l'idendité est pourtant connue. Certes, la majorité a "pris le maquis", mais un certain nombre d'entre eux, dont Saint-Juste Joubert, sont régulièrement aperçus dans la ville, et proféreraient même des menaces à l'encontre de proches de Brignol Lindor. Sept membres de la famille du journaliste ont d'ailleurs été contraints de prendre le chemin de l'exil en avril. L'autopsie du corps a été pratiquée quelques jours après l'assassinat, à la demande de la famille. La police, elle, n'a procédé à aucune investigation technique sur le terrain. La famille de Brignol Lindor affirme même qu'elle ne s'est jamais rendue sur les lieux du crime "jusqu'à ce jour" (mi-juillet 2002). Le substitut, sans minimiser les défaillances de la police, le dément : "Nous sommes retournés le lendemain à L'Acul, avec une patrouille de police cette fois. Il n'y avait personne, les portes étaient fermées, tout le monde avait déserté les lieux, il n'y avait même pas un chien." Le dossier a été confié par le parquet au cabinet d'instruction du juge Fritzner Duclair le 8 janvier. Les auditions n'ont commencé qu'un mois plus tard et plusieurs témoins essentiels n'ont pas été entendus. Parmi eux, les suspects désignés par la population locale, les participants à la conférence de presse du 30 novembre ou encore les auteurs d'enquêtes indépendantes comme Michelène Hilaire, secrétaire générale de l'AJPEG. Aucune confrontation de témoins n'a eu lieu, notamment entre les assassins présumés déjà détenus ou entre Guyler Delva et ses interlocuteurs supposés de Domi nan bwa, Joseph Duvergé et Pétuel Zéphyr fils. Au total, seule une trentaine de témoins ont été entendus. Etant donné la faiblesse des moyens techniques de la recherche criminelle en Haïti, les témoignages constituent pourtant l'axe essentiel de toute enquête. L'avocat de la famille Lindor, Jean-Joseph Exumé, s'interroge pour sa part sur le temps pris par le juge Duclair pour publier son ordonnance de clôture d'enquête. Me Exumé dénonce le dépassement du délai fixé par la loi du 26 juillet 1979 selon laquelle le juge instructeur dispose de trois mois pour mener son enquête et publier son ordonnance. La lenteur du juge est, selon l'avocat, d'autant plus injustifiée que, dans cette affaire, les auteurs, tant matériels qu'intellectuels, de ce crime sont désignés par des sources concordantes. Des instigateurs mis hors de cause Aucune charge ne serait retenue contre ceux qui apparaissent à l'évidence comme les instigateurs intellectuels, sinon les commanditaires, du meurtre de Brignol Lindor, à savoir les personnes qui ont donné la conférence de presse du 30 novembre 2001, notamment Dumay Bony, l'orateur. La justice détient pourtant le décryptage de l'enregistrement de ses propos très explicites, et la liste des personnes suivantes, présentes ès qualités : Robinson Desrosiers, directeur de la douane, Jud Laporte, directeur adjoint du port, Henri-Claude Leconte, secrétaire général du Mouvement Paysan de Petit-Goâve (MPPG), considéré comme le chef de file des organisations populaires pro-Lavalas de Petit-Goâve, Roger Mackenzy, administrateur du port, Jean Willio Maneus, directeur de la Teleco (office du téléphone), Dufort Milord, député Lavalas de Petit-Goâve, et Fritzel Poussin, directeur du bureau des affaires sociales de la municipalité. Tous ces fonctionnaires ou ces cadres sont des sympathisants ou des militants notoires de Fanmi Lavalas : selon l'usage haïtien, le gouvernement nomme systématiquement ses propres partisans aux postes administratifs ou du secteur public. A noter également que Jean-Raymond Flory, coordinateur de Domi nan bwa et qui figure parmi les suspects du meurtre, assistait à la conférence de presse. Les autorités judiciaires estiment que les propos de Dumay Bony ne constituent en rien un appel au meurtre. Il ne s'est agi à leurs yeux que d'une injonction aux services de l'Etat (la police et la justice) d'appliquer une consigne publique du chef de l'Etat, le "zéro tolérance" ne signifiant qu'un exercice strict de la loi à l'encontre des délinquants. Or on ne saurait poursuivre un élu parce qu'il demande l'application de la loi. Pourtant, selon de nombreux observateurs, l'appel par le président Aristide à appliquer le "zéro tolérance" constitue une légitimation implicite du lynchage. Pour Jean-Claude Bajeux, directeur du Centre œcuménique pour les droits humains (CEDH), il ne fait pas de doute que "le zéro tolérance, c'est du boulé neg-la", autrement dit, un appel à appliquer aux délinquants supposés "le supplice du collier" (la victime est brûlée, morte ou vive, par un pneu enflammé placé autour de son cou). Selon Pierre Espérance, directeur de la National Coalition for Haitian Rights (NCHR), les déclarations de "Dumay Bony, en réclamant la formule "zéro tolérance" pour certaines personnalités de Petit-Goâve dont le journaliste Brignol Lindor, ne sont autres qu'un appel au meurtre" dans le contexte haïtien. Le directeur de cette organisation de défense des droits de l'homme souligne que "les appels au zéro tolérance se font surtout à l'encontre des opposants politiques". Il rappelle la déclaration de Guy Paul, alors ministre de la Culture et de la Communication, trois jours après l'assassinat de Lindor : "Le directeur de la salle des nouvelles de la radio Echo 2000 de Petit-Goâve n'a pas été assassiné en tant que journaliste mais en tant que membre de la Convergence Démocratique." Parmi les instigateurs présumés, seuls Fritzel Poussin et Dumay Bony auraient été appelés par le juge Duclair à s'expliquer, et le second lors d'un entretien informel. Il n'y a eu aucune enquête interne du ministère de l'Intérieur sur le comportement des élus locaux. En dehors de l'équipe municipale, les autres instigateurs occupent toujours leurs fonctions. L'un d'entre eux, Robinson Desrosiers, directeur de la douane, aurait même été muté à la douane de Port-au-Prince. Une réaffectation qui constitue de fait une promotion, compte tenu des difficiles conditions de vie de la province. Le sort réservé aux instigateurs présumés ne peut donc être interprété que comme un exemple flagrant d'impunité accordée par le pouvoir à des serviteurs trop zélés. Corruption de fonctionnaire et tentatives de subornation ? Lors de leur enquête, les délégués de Reporters sans frontières et du réseau Damoclès ont recueilli un témoignage inédit jusqu'alors. Selon un habitant de Petit-Goâve, qui a requis l'anonymat par crainte de représailles, quatre personnalités ou exécutants présumés se sont rendus le 27 ou le 28 juin dernier à L'Acul pour y discuter avec les témoins et les protagonistes de l'assassinat, dans le but présumé de suborner leur témoignage ou de récompenser leur silence. Selon ce témoin, il s'agissait de Privat Précil, directeur général du ministère de la Justice, de D'or Monal, l'un des assassins présumés, de Jean-Raymond Flory, coordinateur de Domi nanbwa également suspect dans le meurtre du journaliste, et de Ramilus Bolivar, député Lavalas de Côtes de Fer. Le groupe se serait déplacé dans une jeep portant une plaque d'immatriculation "Officiel - 0049". Il se serait préalablement entretenu au lycée, selon le même témoin, avec Henri-Claude Leconte, leader des organisations populaires pro-Lavalas de la ville. Dans un courrier en date du 26 août 2002, Reporters sans frontières et le réseau Damoclès ont porté ce témoignage à la connaissance du juge Duclair. Les membres de la famille Lindor actuellement réfugiés en France accusent également les autorités d'avoir tenté d'acheter leur silence au lendemain de la mort de Brignol. Le 10 décembre, veille des funérailles, Jean-Claude Desgranges, chef de cabinet du président Aristide, s'est rendu au domicile de la famille pour présenter ses condoléances au nom du gouvernement. Moreno Lindor, le frère cadet de la victime, raconte qu'à cette occasion, le chef de cabinet du Président a proposé de lui trouver un poste au Palais national (le palais présidentiel) et de lui remettre une somme d'argent "pour vous aider". Conspué par la famille, le haut fonctionnaire a dû quitter les lieux. Enfin, on peut s'interroger sur l'attribution "personnelle" par le président Aristide au juge d'instruction d'un véhicule destiné à "l'aider" à instruire le dossier. Coup de pouce à l'enquête ou tentative de corruption déguisée dans une affaire où les assassins sont des partisans du gouvernement Lavalas ? Le faible nombre d'arrestations parmi les tueurs et la mise hors de cause des instigateurs du meurtre constituent de premiers éléments de réponse en attendant les conclusions du juge. Ce dernier épisode met en lumière le manque d'indépendance du pouvoir judiciaire à l'égard du pouvoir exécutif dans le système haïtien. Les juges d'instruction, en principe indépendants, voient leur carrière dépendre du président de la République, qui décide de leur mandat de trois ans. Cette prérogative avait été décidée, dans le cadre de la nouvelle Constitution de 1987, pour asseoir l'autorité du juge au-dessus de toutes les parties et administrations. Le juge devait tirer son autorité du seul chef de l'Etat, auquel la même Constitution n'attribuait qu'un rôle d'arbitre, le pouvoir exécutif n'étant théoriquement exercé que par le Premier ministre, lui-même issu d'une majorité parlementaire. Dans les faits, la dérive constitutionnelle donne tout le pouvoir réel au président, comme c'est la tradition en Haïti. Un complot contre Brignol ? La famille et les amis de Brignol Lindor accusent le gouvernement et ses relais locaux d'avoir délibérément fomenté l'assassinat de la victime. Selon nos informations, cette allégation n'a pas été retenue par le parquet ni par le juge d'instruction et les représentants de Reporters sans frontières et du réseau Damoclès n'ont pu recueillir ni recouper aucun témoignage direct confirmant cette hypothèse. Il est avéré par ailleurs que le déplacement et l'itinéraire de Brignol Lindor étaient imprévus, ce qui affaiblit la thèse du complot, même si, comme l'assurent les amis de la victime, un de ses collègues de la douane aurait pu alerter les assassins de l'arrivée de Brignol Lindor, en le précédant à bicyclette. Cependant, le sort réservé à Love Augustin incline à penser que les assassins étaient décidés à tuer n'importe qui leur serait tombé sous la main, et qu'ils n'attendaient pas la venue de leur victime. Les témoignages de Love Augustin et Emmanuel Clédanor, seuls témoins directs, et les déclarations de Joseph Duvergé démontrent en revanche un lien évident entre les consignes explicites de Dumay Bony et l'assassinat perpétré. Le meurtre semble être un authentique lynchage, une forme de justice sommaire habituelle en Haïti, connue sous le nom de "kouri" (du français "courir") qui désigne une forme de panique ou, par réaction, de pulsion collective aussi irrationnelle qu'irrésistible. Ce "kouri", provoqué par les activistes de Domi nan bwa, a d'ailleurs été perpétré avec les seuls outils que les paysans ont régulièrement sous la main : machette, hache, pikbwa (pieu destiné à extirper les cailloux d'un champ), houe... et pierres. Il semble que les assassins aient aussi eu l'intention de carboniser le corps (brûlé aux deux jambes), comme pour apparenter leur crime au supplice du collier. Il paraît significatif qu'ils n'aient pas utilisé d'armes à feu. C'est une présomption supplémentaire d'une non-préméditation du choix de la victime. Conclusions et recommandations Au terme de l'investigation menée sur place par Reporters sans frontières et le réseau Damoclès, il ressort que, au-delà de l'absence endémique de moyens de la police et de la justice en Haïti, l'enquête sur la mort du journaliste présente de graves anomalies. Parmi celles-ci, l'absence d'enquête sur le terrain du juge et de la police, la non-exécution des mandats par la police contre des assassins présumés pourtant aperçus dans la zone, et la faible activité du juge en matière d'audition des témoins. Les maigres résultats de l'enquête sont d'autant plus choquants que l'ensemble de la société haïtienne et de la communauté internationale s'était indigné de l'horrible assassinat du journaliste et avait exigé des sanctions contre ses auteurs. Par ailleurs, le choix des enquêteurs de ne pas poursuivre les personnes ayant participé à la conférence de presse du 30 novembre, relève d'un acte partial alors que, pour les observateurs consultés par les deux organisations, il ne fait pas de doute que les propos de Dumay Bony constituent un appel au meurtre. Ce choix du juge ne peut que renforcer les soupçons de corruption alimentés par l'attribution personnelle d'un véhicule au juge par le Président. L'absence de sanctions contre la majorité des instigateurs de la part de leurs administrations confirme également que l'on a affaire à un exemple flagrant d'impunité accordée par le pouvoir à des serviteurs trop zélés. Ainsi, neuf mois après la mise à mort de Brignol Lindor, les exécutants comme les instigateurs n'ont pas été inquiétés bien que les premiers aient immédiatement revendiqué leur forfait et que les seconds aient publiquement appelé au meurtre. Cet assassinat est en réalité la conclusion d'une série de menaces et d'agressions contre des journalistes de la part de partisans déclarés du gouvernement. Il s'intègre dans une stratégie plus large des autorités de recourir à des milices paralégales pour intimider la presse. La proximité entre le pouvoir et les organisations populaires est telle que Hendel Carré, porte-parole de la présidence, a été contraint de préciser récemment que les déclarations de chefs d'organisations populaires n'avaient pas de caractère officiel. Acte prémédité ou dérapage d'une stratégie dangereuse ? Quoi qu'il en soit, comme dans l'affaire Jean Dominique, les graves anomalies qui ont marqué l'enquête sur la mort de Brignol Lindor donnent à penser que les institutions couvrent les auteurs du meurtre du journaliste. Un constat conforté par l'absence de condamnation claire de la part des autorités, et notamment du président Aristide, des lynchages publics pratiqués en application de la politique de "zéro tolérance". Au-delà de la grave atteinte à la liberté de la presse que représente ce crime, c'est également toute la politique de "zéro tolérance" qui est en cause et la légitimation des exécutions extrajudiciaires par la population ou des groupes paralégaux. Reporters sans frontières et le réseau Damoclès demandent : Au juge Fritzner Duclair : - d'enquêter sur la tentative de subornation de témoins révélée par un habitant de Petit-Goâve et dont Reporters sans frontières et le réseau Damoclès lui ont transmis le contenu. - d'enquêter sur l'implication présumée de Collin Bélony, Bernard Desama et Tirésias dans la mort de Brignol Lindor, révélée par le même témoignage que lui ont transmis les deux organisations. - d'enquêter sur la responsabilité des participants de la conférence de presse du 30 novembre dans la mort du journaliste et d'ouvrir à leur encontre des poursuites pour "appel au meurtre". A l'administration pénitentiaire : d'accéder à la demande du juge de transférer Maxi Zéphyr du Pénitencier national à la prison de Petit-Goâve pour qu'il puisse être entendu pour sa participation présumée au meurtre de Brignol Lindor. A la police : - d'exécuter dans les meilleurs délais les mandats d'arrêt délivrés contre les assassins présumés du journaliste. - d'ouvrir une enquête interne sur l'attitude du commissariat de Petit-Goâve dans les heures qui ont suivi l'assassinat du journaliste. Au président Jean-Bertrand Aristide : de condamner explicitement tout lynchage public et de préciser clairement que la politique de "zéro tolérance" s'inscrit exclusivement dans le cadre légal. A l'Union européenne et au Congrès des Etats-Unis : de prendre des sanctions individuelles à l'encontre d'officiels haïtiens qui, par action ou par omission, entravent l'enquête sur l'assassinat de Brignol Lindor. Au vu des nouvelles informations collectées lors de cette mission, les officiels concernés sont : Jean-Bertrand Aristide, président de la République d'Haïti ; Yvon Neptune, Premier ministre ; Jean-Baptiste Brown, ministre de la Justice et de la Sécurité publique ; Jeannot François, directeur de la Police judiciaire Les sanctions personnalisées demandées sont de deux types : refus de visa d'entrée et de transit dans les territoires des Etats membres de l'Union européenne et des Etats-Unis pour les personnes citées et leur famille et gel de leurs fonds déposés à l'étranger. Ces mesures s'imposent alors que l'impunité qui règne dans cette affaire répond à une stratégie des autorités pour faire taire les journalistes jugés trop critiques envers le gouvernement. Reporters sans frontières et le réseau Damoclès rappellent, par ailleurs, qu'elles demandent des sanctions similaires contre d'autres officiels haïtiens qui, par action ou par omission, entravent l'enquête sur l'assassinat du journaliste Jean Dominique. Reporters sans frontières et le réseau Damoclès étudient la possibilité de déposer une plainte devant la Commission interaméricaine des droits de l'homme pour dénoncer l'impunité dont bénéficient les auteurs du meurtre du journaliste.