Rapports

24 juin 2020 - Mis à jour le 8 juillet 2020

Suède : Les médias publics sous le feu des critiques

Télévision publique SVT (photo: RSF Suède)
Ingérences politiques, menaces juridiques et difficultés économiques : les menaces qui pèsent sur les médias publics suédois sont nombreuses tandis que le nombre d’attaques en ligne ne cesse d'augmenter. Reporters sans frontières (RSF) Suède publie un état des lieux dans un rapport “Swedish Public Service Under Fire” et demande aux autorités suédoises d’octroyer la protection constitutionnelle à l’indépendance éditoriale des médias publics.

La liberté de la presse est loin d'être toujours acquise, même dans les pays qui font figure de modèle ! C’est la conclusion du rapport “Swedish Public Service Under Fire” réalisé par Reporters sans frontières (RSF) Suède qui fait état des ingérences politiques, des menaces juridiques et des difficultés économiques qui pèsent sur les médias publics suédois.


En Suède, comme dans d’autres pays européens, la crise sanitaire a mis en avant l’importance des médias publics et remis à l’ordre du jour le débat sur leur indépendance. En témoignent les audiences des chaînes de la télévision publique SVT1 et SVT2 qui ont respectivement augmenté de 36 % et 14 % en avril 2020, par rapport à la même période de l’année dernière, et qui démontrent la confiance des Suédois dans leur service public.


Or, les médias publics sont en proie aux pressions politiques, notamment de la coalition de droite, qui plaide pour un contrôle plus strict, des coupes budgétaires et la réduction de leurs missions. Lors de la conférence du parti Modérés (libéraux-conservateurs) en 2017, certains membres avaient même proposé la suppression des trois organes financés par des fonds publics - la télévision SVT, la radio SR et la société de production UR. En février 2020, le politicien des Démocrates (extrême droite) Linus Bylund, membre de la fondation de propriété des radiodiffuseurs publics, a suggéré d’établir une responsabilité individuelle des journalistes et de pénaliser ou de licencier ceux qui sont jugés partiaux.


Plus inquiétantes sont les ingérences politiques directes dans les activités des médias publics. La ligne de démarcation a été franchie en février 2020 lorsqu’un député a émis une requête auprès de la commission de la culture du Parlement suédois, finalement rejetée, afin que les responsables des médias publics soient entendus pour répondre d’une séquence que son parti a considéré comme manquant d'impartialité et d'objectivité.


Parallèlement, les cas de harcèlement et d’attaques en ligne de journalistes ont augmenté en raison de la polarisation du débat. Erika Bjerström, ancienne correspondante américaine et actuelle correspondante pour les questions climatiques à la SVT, fait partie des journalistes pour qui la question du choix du ton et des mots est devenu un véritable enjeu personnel. Après la publication en décembre 2019 d’une critique du discours de Greta Thunberg à Madrid, elle fut l’objet de réactions en ligne virulentes. Accusée d’être néo-libérale et affiliée à l’industrie pétrolière, elle fut contrainte de fermer son compte Twitter.


"En observant la situation en Europe, nous voyons que les médias publics sont menacés par le manque de financement et un contrôle politique accru. Nous devons sauvegarder le journalisme libre et indépendant en Suède. C'est pourquoi nous devons protéger l'indépendance à travers sa consécration dans la constitution suédoise", déclare Erik Halkjaer, président de RSF Suède. La protection constitutionnelle des médias publics et de leur indépendance éditoriale fait d’ailleurs l’objet de travaux d’une commission parlementaire nommée par le ministre de la justice en 2018.


Le rapport de RSF recommande également aux autorités de préserver le système de responsabilité des éditeurs, ainsi que d’enquêter et de traduire systématiquement en justice les auteurs des attaques.


"La Suède, qui se situe à la 4e place du Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF, se doit d’être un modèle à l'échelle européenne” préviens Pavol Szalai, responsable du Bureau UE/Balkans à RSF. “Garantir l'indépendance des médias publics suédois est un moyen de servir d’exemple vertueux à de nombreux pays, comme la Pologne qui, à la veille de la prochaine élection présidentielle, se sert de sa télévision publique comme d’un outil électoral."


La Suède se situe à la 4ème place dans le Classement mondial de la liberté de la presse 2020 établi par RSF.


Le rapport et la vidéo sont consultables en ligne.