Manque de transparence, procès inéquitable, tension avec l’Ukraine : RSF doute de la culpabilité d’Andreï Pyzh, Youtubeur condamné à 5 ans de prison en Russie

Le fondateur de la chaîne Youtube Urbanturizm purge 5 ans de prison pour “obtention et divulgation” illégale de secrets d’Etat, à l’issue d’un procès opaque. Reporters sans frontières (RSF) dénonce la violation de ses droits et demande aux autorités russes sa libération immédiate.

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Condamné le 29 octobre dernier à 5 ans de prison, le Youtubeur russo-ukrainien Andreï Pyzh publiait sur sa chaîne Urbanturizm – suivie par plus de 800 000 personnes – des vidéos d’exploration urbaine d’infrastructures abandonnées. Le blogueur, en détention depuis le 6 août 2020, a été reconnu coupable d’obtention illégale d’informations relevant du secret d’Etat, et d’avoir traversé la frontière avec l’Ukraine en possession de ces informations avec l’intention de les divulguer à l’étranger. 

 

Les autorités n’ont fourni aucune précision sur la nature de ces informations. Certains journalistes lient les poursuites du FSB – les services de sécurité – contre Andreï Pyzh à son reportage sur la station radar d’Olenegorsk dans la région de Mourmansk (au nord du cercle arctique), un projet militaire officiellement déclaré opérationnel, abondamment financé, mais qui s’avère être en ruine. Le blogueur a donc révélé une affaire de détournement de fonds à grande échelle, un sujet “portant atteinte à la sécurité de la Russie” sur lequel il est désormais interdit de publier, comme le moral des troupes ou le bizutage. 

 

Le FSB a en effet approuvé fin septembre une liste de soixante catégories d’informations liées à la sphère militaire dont la collecte et la diffusion peuvent engendrer des poursuites pénales et l’inscription sur la liste des “agents de l’étranger”, restreignant drastiquement le champ d’investigation des journalistes. Et son offensive pour contrôler la liberté de la presse et d’expression continue : une nouvelle version des règles de classification des informations constituant un secret d'État doit entrer en vigueur au 1er janvier.

 

L’agence de presse étatique russe TASS évoque une autre piste : les informations incriminées concerneraient le système secret de transport souterrain de Moscou parallèle au métro public, Metro-2. 

 

Mais quels que soient les motifs de sa condamnation, Andreï Pyzh n’a pu avoir accès à son avocate que 26 jours  après son arrestation. Celle-ci affirme qu’il a été privé de liberté sans inculpation spécifique.

 

“Le manque de transparence dans cette affaire, tout comme la privation de ses droits à la défense et à un procès équitable, ainsi que le contexte de tension aiguë avec l’Ukraine, jettent de sérieux doutes sur la condamnation d’Andreï Pyzh, liée à ses activités journalistiques, affirme la responsable du bureau Europe de l’Est en Asie centrale, Jeanne Cavelier. Particulièrement utilisées ces derniers temps par les services de sécurité russes afin d’alimenter la propagande sur un “ennemi intérieur” à éliminer, les affaires d’espionnage touchent notamment les professionnels de l’information, à l’image d’Ivan Safronov ou de Vladislav Yesipenko. RSF dénonce un procès fermé, propice aux jugements biaisés, une violation de l’article 6 de la Convention européenne des droits de l’homme, dont l’Etat russe est signataire, qui prévoit le droit à un procès équitable, et demande la libération immédiate du blogueur.”

 

Chaque année, de plus en plus de cas d'espionnage et de haute trahison sont signalés. Selon l'estimation du média Agentstvo, leur nombre au cours des dix dernières années serait d'environ 3 500, le chiffre exact étant inconnu et classé secret. La Russie occupe la 150e place sur 180 au Classement mondial de la liberté de la presse 2021 établi par RSF.

Publié le 29.12.2021
Mise à jour le 29.12.2021