Les autorités égyptiennes menacent un journaliste exilé en s’en prenant à sa famille

Mise à jour 21/09/2023 : Les autorités égyptiennes ont libéré le père du journaliste en exil Ahmed Gamal Ziada le 20 septembre, sans préciser la raison de sa libération. Il fait, cependant, toujours l'objet d'une procédure judiciaire. RSF appelle les autorités à cesser de faire pression sur le reporter en abandonnant maintenant les charges absurdes retenues contre son parent Gamal Ziada.

En Égypte, les forces de sécurité ont arrêté le père d'un journaliste exilé en Belgique, Ahmed Gamal Ziada, fondateur du média d'analyse et d'investigation indépendant Zawia Thalitha. Reporters sans frontières (RSF) demande sa libération et dénonce une dangereuse tentative de réduire au silence les journalistes en exil.

"Diffusion de fausses nouvelles”, "utilisation néfaste des réseaux sociaux", et "appartenance à une organisation subversive" : si ces accusations contre un tailleur égyptien qui n'a jamais été engagé politiquement semblent ridicules pour ses proches, c'est parce qu'elles ne sont qu'un prétexte pour l'arrêter. La raison sous-jacente à son interpellation abusive ? Être le père du journaliste exilé Ahmed Gamal Ziada, fondateur du média d'analyse et d'investigation indépendant Zawia Thalitha. Il habite et exerce son métier depuis 2019 en Belgique où il s’est réfugié après avoir été la cible de multiples menaces et arrestations de la part des autorités de son pays.

Le 22 août, des hommes en civil arrêtent Gamal Ziada devant son atelier et magasin de vêtements dans le village de Nahia à l’ouest du Caire. Il ne réapparaît que 24 heures plus tard devant le procureur général du Caire, où sa détention est fixée à 15 jours renouvelables, dans la prison du 10 Ramadan au cœur de la capitale égyptienne.

“Tout ce qui arrive me vise directement”, affirme son fils Ahmed Ziada à RSF. “Lors d'un de ses multiples interrogatoires, mon père a été questionné sur mon travail et ma vie. Les policiers lui ont dit, à tort, que je travaillais avec le média Al Jazeera. Ils lui ont aussi raconté que j’étais un fugitif et un fauteur de trouble pour  l’État ; des accusations qu'il a fermement démenties.”

“Non seulement Gamal Ziada est innocent, mais son fils, Ahmed Ziada la véritable cible de cette intimidation l'est tout autant. Arrêter un membre de la famille d'un journaliste en exil pour le réduire au silence est un acte d'une injustice inouïe qui a pour but de menacer tous les journalistes égyptiens, où qu'ils soient dans le monde. Cela ne peut pas durer : RSF demande la libération du père du fondateur du média d’investigation indépendant Zawia Thalitha immédiatement.”

Jonathan Dagher
Responsable du bureau Moyen-Orient de RSF

Selon Ahmed Ziada, sa famille a envoyé des lettres au procureur général et à la présidence égyptienne pour clamer l'innocence de son père, Gamal Ziada. L’homme de 59 ans n'a jamais adhéré à aucun groupe politique, religieux ou partisan au cours de sa vie, et sa présence sur les médias sociaux se résume à une page Facebook destinée à promouvoir le magasin de vêtements qu'il gère avec sa fille. 

Le journaliste Ahmed Ziada a été emprisonné à deux reprises avant de s’exiler en Belgique en 2019. En 2013, il couvrait des manifestations au Caire à la mosquée Al-Azhar lorsque la police a confisqué sa caméra et l'a accusé de participer aux manifestations. Il a passé un an et six mois en détention provisoire jusqu'à ce que le tribunal le déclare innocent. En janvier 2019, il est de nouveau arrêté, cette fois à l'aéroport international du Caire, à son retour de Tunisie où il travaillait comme reporter pour le média d'investigation en ligne Inkifada. Accusé d’avoir diffusé de fausses nouvelles, il a été détenu pendant trois mois, jusqu'en mars 2019. Il a quitté le pays quelques mois après sa libération.

C'est en 2023 à Bruxelles que le journaliste indépendant, ancien collaborateur de médias tel Mada Masr, a fondé Zawia Thalitha. Ces derniers mois le média a publié des reportages critiques à l'égard du président égyptien Abdel Fattah al-Sissi ; des articles qu'il aurait été trop dangereux de publier depuis l'intérieur même du pays. Le média a également interviewé un candidat de l'opposition, Ahmed al-Tantaoui, au sujet de ses plans pour les prochaines élections présidentielles prévues en février 2024. "Je ne sais pas pourquoi ils ont arrêté mon père, s’inquiète Ahmed Ziata auprès de RSF, mais c'est peut-être lié à cette interview”. Les autorités auraient pu, d’une manière ou d’une autre, avoir été informées de cet entretien bien qu’il n’ait pas pour le moment été publié. 

La semaine même de l’arrestation de Gamal Ziada, l'Égypte a connu une recrudescence des intimidations contre les journalistes. Le 19 août, après la publication par le média de fact checking Matsadaash d’informations sur les ressortissants égyptiens arrêtés en Zambie après avoir atterri dans un jet privé, les autorités ont perquisitionné le domicile du journaliste Karim Assaad et l'ont arrêté pendant 48 heures. Dans une déclaration publiée le 20 août, le média a indiqué que sa page Facebook avait été piratée et que deux articles avaient été supprimés.

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