La Grand-Croix de la Légion d'honneur pour Vladimir Poutine : "une décision indigne de la France"

Le président russe a été élevé au rang de Grand-Croix de l'ordre de la Légion d'honneur, le 22 septembre 2006. Reporters sans frontières est révoltée par l'attribution de cette distinction, étant donnée la dégradation de tous les indicateurs de la liberté de la presse en Russie.

Le 22 septembre 2006, Jacques Chirac a remis à Vladimir Poutine, président de la Fédération de Russie, les insignes de Grand-Croix de la Légion d'honneur. Ce grade, le plus élevé dans cette distinction, est réservé aux chefs d’État des pays les plus proches de la France. Selon le porte-parole de l’Élysée, “la contribution de Vladimir Poutine à l'amitié entre la Russie et la France” motive cette décoration. Reporters sans frontières s'indigne que la plus élevée des décorations de la patrie des droits de l'homme ait été attribuée au président russe à l'occasion d'une visite en France qui s'est achevée par une rencontre tripartite, France - Russie - Allemagne, le 23 septembre à Compiègne.

  

“Les questions du démantèlement des libertés publiques en Russie, du musellement de la presse, ou de la politique de terreur et d‘information zéro qui prévaut en Tchétchénie n'ont fait l'objet d'aucune déclaration publique à l'issue de cette visite. Le choix des autorités françaises de décerner la Légion d'honneur à Vladimir Poutine apporte une caution choquante à sa politique”, s'est indignée Reporters sans frontières.

  

“Qu'un prédateur de la liberté de la presse soit élevé à la dignité de Grand-Croix de la Légion d‘honneur, est une insulte faite à tous ceux qui, en Russie, luttent pour la défense de la liberté de la presse, la liberté d'être informé et pour l'existence d'une démocratie effective dans ce pays”, a ajouté l'organisation.

  

Depuis le mois de janvier 2006, Reporters sans frontières a recensé de multiples violations graves de la liberté de la presse en Russie. Deux journalistes ont été assassinés. L'autocensure règne face à la multiplication des poursuites juridiques et des tracasseries administratives. Les rachats de médias par des groupes privés proches du pouvoir, à commencer par Gazprom qui a déjà à son actif la chaîne NTV et le journal Izvestia, réduit davantage l'accès par la population à une information indépendante. L'influent quotidien russe d'opposition Kommersant a été revendu le 31 août 2006 à un magnat de la métallurgie et dirigeant d‘une filiale de Gazprom. L'Internet n'échappe pas à cette volonté de bâillonner la presse, avec l'ouverture, le 22 septembre 2006, du procès de Vladimir Rakhmankov, rédacteur en chef du journal électronique Kursiv. Inculpé d' “outrage à un représentant de l’État” (art. 319 du code pénal) après avoir intitulé l'un de ses articles “Poutine, symbole phallique de la Russie", le journaliste risque jusqu'à 12 mois de travaux forcés.

Publié le 25.09.2006
Mise à jour le 28.02.2022