La chaîne LBCI attaquée : RSF alerte contre le retour de la violence pour faire taire les médias au Liban

Une grenade a explosé dans le parking de la chaîne de télévision Lebanese Broadcasting Corporation International (LBCI), au Liban, suite à la diffusion d'un sketch satirique qui a suscité des menaces. Reporters sans frontières (RSF) condamne fermement cette attaque et demande qu'une enquête approfondie et indépendante soit menée jusqu'au bout, afin d’en identifier les auteurs.

Dans la soirée du 22 janvier 2023, une grenade a explosé dans le parking des locaux de la chaîne de télévision LBCI, dans le village d’Adma à 26 km de la capitale Beyrouth, interrompant la diffusion en direct de l’émission de Bassam Abou Zeid, visiblement surpris par la soudaine détonation.

L’explosion a endommagé des voitures s’y trouvant et le mur du bâtiment de la chaîne, mais n’a fait ni victimes ni blessés. Deux individus à moto, jusqu’ici inconnus, sont soupçonnés d’avoir lancé une grenade, selon une enquête préliminaire de la police. Le média, qui est l’une des chaînes de télévision les plus réputées et visionnées au Liban, a annoncé suite à l’attaque : “Nous serons, comme nous l'avons toujours été, une plateforme pour la liberté et la défense du Liban.”

“Les menaces politiques qui se traduisent par des violences contre un média sont devenues une pratique courante au Liban, mais l'explosion d'une bombe aux portes de LBCI constitue une grave escalade. Il s'agit d'une tentative de terroriser les journalistes, les satiristes et leurs collaborateurs. Nous insistons pour que les autorités libanaises mènent une enquête complète et sans concession pour identifier et amener devant la justice les auteurs de cette attaque et des menaces qui l'ont précédé.

Jonathan Dagher
Responsable du bureau Moyen-Orient de RSF

Cette violente agression survient suite à une polémique sur la diffusion par la chaîne d’une vidéo satirique le 19 janvier 2023. La vidéo comique, intitulée “apprendre la langue des chiites” et diffusée dans l’émission Ta’a Ello Byez’al des humoristes Hussein Kaouk et Mohamed Dayekh, avait suscité une vague de condamnations et de menaces sur les réseaux sociaux contre le média et les deux comédiens, notament de la part d’individus et groupes proches du Hezbollah.

Le mufti jaafarite chiite, Ahmad Kabalan, proche du Hezbollah, avait condamné l’émission deux jours avant l'explosion, estimant que “les médias sectaires sont plus dangereux pour le Liban qu'une bombe nucléaire”. Dans sa déclaration, il rappelle aux médias libanais, en particulier à la direction de la chaîne LBC :“ Le feu couve dans le pays. Je demande à la direction de ne pas jeter d'huile sur ce feu.”

Suite à ces fortes réactions et menaces, dont des menaces de mort, les humoristes ont publié une vidéo pour essayer d’apaiser la situation.

En moins d’un mois, il s’agit de la troisième attaque contre un média en raison d’un sketch satirique, qui suscite une hostilité grandissante envers la liberté d’expression dans le pays. En décembre 2022, les locaux de la chaîne télévisée Al-Jadeed TV, situés dans la quartier de Moussaitbeh à Beyrouth, ont été la cible de deux attaques suite à la diffusion d’un sketch humoristique. Le bâtiment du média a été visé par un cocktail molotov le 26 décembre, et ciblé par une pluie de coups de feu le 27 décembre.

Bien que l’intimidation et les interpellations des journalistes ne se soient jamais arrêtés au Liban, l’explosion d’une bombe rappelle certaines périodes de l’histoire contemporaine du Liban, où les journalistes et les médias faisaient l’objet d’attaques liées à leur travail, tel qu’en 2005, avec l’assassinat des journalistes Samir Kassir et Gebran Tueini et la tentative d’assassinat de la journaliste May Chidiac, tout trois avec des voitures piégées. 

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