Kenya : attaque à la machette contre un journaliste

Reporters sans frontières (RSF) condamne avec fermeté l’attaque à la machette qui a visé un journaliste du Nation Media Group (NMG) et s’inquiète de la montée des violences à l’approche des élections.

Ian Byron, l’unique reporter de The Nation à Migori, ville située au sud du Kenya, a été poignardé à la jambe gauche par deux motards masqués, alors qu’il rentrait chez lui à moto, dimanche 10 juillet.

”Dans un pays où les journalistes sont régulièrement victimes de violences électorales, la brutalité de cette attaque constitue un signal très inquiétant, déclare Arnaud Froger, responsable du bureau Afrique de RSF. À quelques semaines de l’élection présidentielle au Kenya, il est indispensable que les attaques de journalistes fassent l’objet d’une attention particulière et d’une réponse à la hauteur des enjeux sans quoi elles risquent de se multiplier. Les auteurs de cette agression doivent être rapidement identifiés et appréhendés.”

Si les assaillants n'ont pour l'heure pas été identifiés, pour le journaliste interrogé par RSF, tout porte à croire que son agression est la conséquence de sa couverture de l'actualité politique, alors que l'élection présidentielle opposant Raila Odinga (ODM) à William Ruto (UDA) est prévue le 9 août prochain au Kenya.

Quelques jours avant l’agression, Junet Mohammed, député de la circonscription de Suna East et chef du parti de la minorité à l’Assemblée Nationale, le Parti Démocratique Orange (ODM), s’était plaint avec insistance d’un article publié par Ian Byron le 4 juillet dans The Nation. Ce journal appartient au très influent Nation Media Group (NMG), le plus grand groupe de presse privé en Afrique de l’Est. L’article, rapidement supprimé sous la pression de l’homme politique, révélait que celui-ci utilisait les vivres destinés à l'aide humanitaire dans la région comme un outil politique dans sa quête pour récupérer son siège parlementaire. Le lendemain de la publication et sa suppression, le député s’est entretenu avec le journaliste par téléphone pour clarifier la situation. 

Le 6 juillet, alors que Ian Byron se trouvait dans un centre commercial de Migori, un partisan connu de Junet. Mohamed s'est approché de lui en l'enjoignant “d’y aller doucement dans [son] travail”.Craignant pour sa sécurité, le journaliste prend alors la décision de se rendre le moins possible en ville.

Il n’y retourne que le 10 juillet pour quelques courses. Sur le chemin du retour, deux individus, dont l’un armé d’une machette, font signe à Byron de s’arrêter. Il les ignore dans un premier temps, mais l'homme armé tente de le blesser au cou, ce qu'il a esquivé avant de prendre la direction de la brousse pour se sauver. Mais, suivi de près par ses assaillants. L’homme armé lui assène un coup et le blesse à la jambe gauche.

Les élections présidentielles kényanes ont souvent été le théâtre de violences qui n’ont pas épargné les journalistes du pays. En 2017, l’élection avait même été annulée puis reprogrammée, une première en Afrique, à la suite de la contestation des résultats initiaux. Ces soubresauts s’étaient accompagnés d’agressions particulièrement violentes contre les reporters couvrant la campagne présidentielle. Des consignes draconiennes avaient été imposées, interdisant aux journalistes de publier les résultats ou les obligeant à conserver leurs notes et enregistrements. Quatre chaînes de télévision, qui avaient défié l’interdiction de diffuser la prestation de serment symbolique de l’opposant Raila Odinga, qui ne reconnaissait pas les résultats du scrutin, avaient été suspendues. 

 

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Publié le
Mise à jour le 22.07.2022