Iran : RSF dénonce les conditions de détention à la prison pour femmes de Gharchak, où deux journalistes sont emprisonnées

Après le transfert de deux journalistes iraniennes vers la prison pour femmes de Gharchak, Reporters sans frontières (RSF) dénonce la situation déplorable dans laquelle se trouvent les détenues et appelle le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme et le Rapporteur spécial de l’ONU chargé des droits humains en Iran à une réaction forte et immédiate.


Dans la prison de Gharchak, nous sommes privées des besoins élémentaires d’un être humain, à savoir le droit de respirer sainement et de boire de l'eau potable”. Ces mots sont ceux  de la journaliste Narges Mohammadi et c’est son époux, Taghi Rahmani, qui les  a publiés sur sa page Telegram le 14 février.  Quinze jours plus tôt, c’est Sadra Abdollahi,  le mari de  la photojournaliste et vice-présidente de l’Association pour la défense de la liberté de la presse en Iran Alieh Motalebzadeh, qui lançait l’alerte dans un tweet : avec l’arrivée de la Covid-19 dans l’établissement, la situation sanitaire, déjà très dégradée, a considérablement empiré, avec 15 membres du personnel contaminés. 


Narges Mohammadi et Alieh Motalebzadeh ont toutes les deux été  transférées au mois de janvier à la prison pour femmes de Gharchak,  située à Varamin, dans le sud de la province de Téhéran, après avoir été précédemment  détenues à la prison d’Evin, au nord de Téhéran. 


Dans le quartier 8 de la prison de Gharchak où se trouvent désormais les deux journalistes, une détenue souffrant d’asthme a contracté la Covid-19.  Dans la note publiée par son mari, Narges Mohammadi explique  “à mon arrivée, j'ai été mise à l’isolement. L’eau était si mauvaise que je ne pouvais pas la boire. J'ai été forcée de boire du thé, ce qui m’a donné des nausées et des vomissements. En prison, la même eau est utilisée pour tout.


« Plusieurs prisonnières, parmi lesquelles des journalistes, sont en danger de mort, dénonce le responsable du bureau Iran-Afghanistan de RSF, Reza Moini. Quarante jours après la mort par manque de soins de Baktash Abtin à la prison d’Evin, le manque de réaction du Haut-Commissariat aux droits de l’homme et du Rapporteur spécial de l’ONU chargé des droits humains en Iran est plus qu’inquiétant. Il est urgent que soit palliée la situation catastrophique dans laquelle vivent les détenues de Gharchak, tant au point de vue sanitaire qu’en termes de communication avec leur famille. Les autorités iraniennes doivent collaborer sans condition avec les Nations unies et respecter leurs engagements internationaux.”


Le 15 janvier 2022, à la suite du décès de Baktash Abtin, RSF a demandé à l’ONU une enquête internationale pour faire toute la lumière sur la mort du journaliste et écrivain.


Moyens de pression L’établissement pénitentiaire de Gharchak, un ancien camp de désintoxication pour hommes devenu, en 2010, une prison pour femmes, est connu pour ses déplorables conditions d’hygiène, contraires à tous les traités internationaux relatifs aux droits humains. Ce centre de détention abrite actuellement au moins 1 200 détenues réparties dans huit quartiers. Selon les informations recueillies par RSF, la nouvelle vague d’épidémie aggrave encore la situation et augmente les risques pour les prisonnières vulnérables. “Il y a quelques jours, une troisième dose de vaccin a été administrée à certaines détenues seulement. Celles dont le test est positif sont placées en quarantaine dans la salle de sport de la prison, non chauffée et dépourvue de lits, sans recevoir de soins particuliers”, révèle encore, à travers son mari, la journaliste Narges Mohammadi.


Narges Mohammadi  et Alieh Motaleb Zadeh ont également signalé que  l'odeur  nauséabonde des égouts de la prison, accompagnée de gaz ammoniac et d’autre type de gaz était “insupportable” et provoquait des problèmes respiratoires parmi les détenues.


La République islamique d’Iran figure à la 174e place sur 180 au Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF en 2021.

Publié le 16.02.2022
Mise à jour le 16.02.2022