Iran : RSF dénonce le transfert de trois journalistes vers des centres de détention connus pour maltraiter leurs prisonniers

Moins de deux semaines après la mort du journaliste Baktash Abtin, trois de ses confrères viennent d’être transférés dans des prisons tristement connues pour leurs traitements cruels, inhumains ou dégradants. Reporters sans frontières (RSF) alerte sur leur sort et dénonce une pratique destinée à casser la résistance des prisonniers d’opinion.

Alieh Motalebzadeh, Narges Mohammadi et Kayvan Samimi Behbahani. RSF craint pour la vie de ces trois journalistes détenus en Iran après leur transfert dans des prisons réputées pour infliger des mauvais traitements aux prisonniers. Une pratique délibérément utilisée par le régime pour casser la résistance des prisonniers d’opinion. 


Selon les informations recueillies par RSF, leur sort repose notamment entre les mains du vice-procureur et superviseur des dossiers des prisonniers d’opinion à la prison d’Evin, Amin Vaziri. Agé de 28 ans, ce proche du chef du système judiciaire iranien, Gholam Hossein Mohseni-Eje “est chargé du sale boulot” explique, sous couvert d’anonymat, un avocat. “Sa mission est de mener la répression contre la résistance en prison en laissant les prisonniers malades mourir, ou en les exilant dans différentes prisons du pays, loin de chez eux, pour punir leurs familles et préparer des dossiers sur leur comportement en prison”. La nomination à ce poste d’Amin Vaziri a été soutenue par le président Ebrahim Raïssi, l’un des  principaux membres de la “commission de la mort” qui, de juillet à septembre 1988, a exécuté près de 4 000 détenus politiques, dont des journalistes.  


En transférant les prisonniers d’un lieu de détention à un autre, en les privant de soin comme ce fut le cas pour Baktash Abtin, le régime cherche délibérément à casser leur résistance, dénonce le directeur plaidoyer et contentieux stratégique à RSF, Antoine Bernard. La passivité des instances internationales encourage malheureusement la république islamique à poursuivre ce genre de pratiques au risque d’une mort lente et clandestine des journalistes détenus.”


Trois journalistes nouvellement transférés

Le 9 janvier 2022, la photojournaliste et vice-présidente de l’Association pour la défense de la liberté de la presse, Alieh Motalebzadeh, a été brutalement transférée à la prison pour femmes de Gharchak (située à Varamin, dans le sud de la province de Téhéran), connue pour ses déplorables conditions d'hygiène. Son crime: avoir organisé une soirée à la mémoire de Baktash Abtin au dortoir des femmes de la prison d’Evin. Arrêtée le 11 octobre 2020, Alieh Motalebzadeh purge une peine de trois ans de prison. Elle est victime de l’acharnement du système judiciaire et des responsables pénitentiaire. La journaliste est notamment interdite de visite et de communiquer avec sa famille et privée de soins pour “avoir dénoncé publiquement, avec d’autres détenus, la situation sanitaire liée au coronavirus dans la prison”.


La journaliste Narges Mohammadi a également été transférée à Gharchak, le 19 janvier 2022. Arrêtée le 16 novembre 2021, la défenseure des droits humains avait été placée à l'isolement dans la prison d’Evin et privée de droits de visite et de communication avec sa famille avant son transfert. Narges Mohammadi qui purge une peine de deux ans et demi de prison ferme pour “propagande contre le régime via la publication de fausses informations, et insultes envers les responsables du régime”, notamment le directeur de la prison d’Evin, vient d’être condamnée à une nouvelle peine de 8 ans de prison à l’issue d’une audience qui s’est déroulée en quelques minutes sans elle, ni son avocat. Narges Mohammadi a été condamnée également à recevoir 70 coups de fouet en plus des 80 déjà prévus en septembre dernier, comme elle l’avait annoncée sur sa page Instagram.


Enfin, le rédacteur en chef du mensuel Iran Farda, Kayvan Samimi Behbahani, a été transféré sans ménagement le 20 janvier dans la prison de Rajai Shahr (ville de Karaj, au nord de Téhéran). Il s’agit de l’une des prisons les plus terribles du pays en raison de nombreux cas de torture, viols et meurtre rapportés. Âgé de 73 ans, Kayvan Samimi Behbahani est l’un des plus vieux journalistes emprisonnés au monde. Il est maintenu en détention malgré les alertes de sa famille et des défenseurs des droits humains ainsi qu’une attestation de médecins affirmant que son état de santé est incompatible avec la détention. Lors de son transfert, décrit comme violent par son avocat, il n’a pu emmener ni ses affaires personnelles, ni ses médicaments.   


Le précédent Baktash Abtin

Ces transferts se produisent moins de deux semaines après la mort de l’écrivain et journaliste Baktash Abtin par défaut de soin. Bien qu’alertées de la dégradation de son état de santé, les autorités pénitentiaires ont tardé à organiser son transfert à l'hôpital. RSF a demandé à l’ONU une enquête internationale pour faire toute la lumière sur sa mort.


Les pressions exercées sur les prisonniers d'opinion, et notamment les journalistes, se sont renforcées dans les geôles du pays depuis 2019 et l’augmentation des mouvements de protestation. 


L’Iran figure à la 174e place sur 180 au Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF en 2021.

Publié le 24.01.2022
Mise à jour le 04.02.2022