Frappes aériennes turques : un troisième journaliste tué en Syrie en 2022 et un blessé

Le 20 novembre, des frappes aériennes turques sur le Kurdistan syrien ont tué le journaliste Îsam Ebdella et blessé le journaliste Mohammad Al Jerada dans les villes de Derik (Al-Malikiyah) et Kobané. Reporters sans frontières (RSF) rappelle que l’information est essentielle en période de conflit et que les journalistes ne doivent pas être pris pour cibles.

“Avec le meurtre d’Îsam Ebdella, la Syrie perd un troisième journaliste à cause de la guerre cette année, déclare Jonathan Dagher, responsable du bureau Moyen-Orient de Reporters sans frontières. Les journalistes sont en première ligne dans ce conflit impliquant divers acteurs dont la Turquie. Notre accès aux informations sur le terrain dépend d'eux et leur protection doit être assurée à tout prix.”

Correspondant de l’agence de presse Hawar (ANHA) au Kurdistan syrien Îsam Ebdella rapporte l'actualité de sa région depuis 2013. Il a été tué par une frappe aérienne turque, le 20 novembre, alors qu’il interviewait des habitants de Derik. Ville kurde de la province de Hassaké au nord de la Syrie qui venait d’être la cible d’un premier bombardement quelques heures plus tôt.

Une déclaration d'ANHRA annonçant le décès du journaliste de 39 ans, a réitéré son engagement :

"Nous sommes convaincus que tous nos amis journalistes continueront à faire leur travail avec passion, et nous continuerons à découvrir la vérité, quels que soient les sacrifices." 

Le même jour, à 300 km de Derik, dans la ville de Kobané, dans la gouvernorat d’Alep au nord du pays, le journaliste de Sterk TV Mohammad Al Jarada a lui été blessé alors qu'il effectuait un reportage en direct sur une frappe intervenue la veille contre un hôpital qui venait d’être fermé. . Une vidéo publiée sur Twitter montre le journaliste travaillant devant l'hôpital, puis s'enfuyant avec son équipe après un nouveau bombardement. Touché à la tête par des éclats d’obus de l'explosion, Mohammad Al Jarada a été transporté à l'hôpital de Kobané où il est toujours hospitalisé pour une hémorragie interne. Sa situation est stable.

Le journaliste de 24 ans estime avoir été sciemment visé : “Leur objectif était clair, dit-il à RSF. Les Turques veulent cibler les journalistes kurdes afin de cacher les atrocités qu'ils commettent dans la région. Ils veulent faire taire la presse qui montre au monde ce qu'ils font au Kurdistan.”   

Le ministère de la Défense turc a affirmé avoir lancé des frappes aériennes au-dessus des régions du nord de la Syrie et de l'Irak, visant, selon lui, des groupes kurdes qu'Ankara tient pour responsables de l’attentat à la bombe à Istanbul du 13 novembre. D'autres responsables turcs ont célébré cette frappe comme une revanche.

De leur côté, les groupes militants kurdes ont toutefois nié leur implication dans cet attentat. Après les frappes aériennes, le porte-parole des Forces démocratiques syriennes, Farhad Shami, a écrit dans un tweet que deux villages fortement peuplés de personnes déplacées avaient subi des bombardements turcs. "Onze civils ont été martyrisés, dont un journaliste, et six ont été blessés," écrit-il.  

Une semaine avant la mort d'Îsam Ebdella, le journaliste Atef Al Saidi avait été tué dans la ville de Deraa dans le sud du pays, alors qu'il couvrait les affrontements entre les factions armées et l'État islamique. En 2022, trois journalistes ont été tués en Syrie, l'un des pays les plus meurtriers au monde pour les journalistes.  

Depuis 2016, 66 journalistes ont perdu la vie en Syrie et aujourd'hui, au moins 58 journalistes sont toujours derrière les barreaux, otages ou disparus, suite à la révolution de 2011. 

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