Flambée de violence contre les journalistes lors des affrontements à Bagdad

Alors que des manifestations populaires ont éclaté en réaction à l’annonce du leader politique Moqtada Al-Sadr de se retirer de la vie politique, au moins dix journalistes ont été brutalisés par les forces de l'ordre. Reporters sans frontières (RSF) dénonce des violences inacceptables. 

“Encore une fois, les journalistes sont en première ligne alors que Bagdad subit des affrontements armés, déplore le bureau Moyen-Orient de RSF. Cette instabilité fait craindre un nouveau cycle de violences dirigées contre les journalistes, non seulement de la part des milices, mais également de la part des forces de l’ordre qui devraient normalement les protéger !”

Ce lundi 29 août, des partisans du leader politique irakien chiite Moqtada Al-Sadr sont spontanément descendus dans la zone ultra-sécurisée de Bagdad, dite “zone verte”, après que celui-ci a annoncé son retrait de la vie politique. Les militants se sont introduits au palais de la République, l’un des sièges du pouvoir, ce qui a conduit à des affrontements armés entre les “Brigades de la paix”, loyales à Moqtada Al-Sadr, et le Cadre de coordination, coalition rivale chiite également mais pro-Iran. Ces violences ont fait au moins une vingtaine de morts et plus de 500 blessés, parmi eux une dizaine de journalistes dépêchés sur place. 

Au cours des affrontements, une explosion est survenue dans les locaux de deux médias. La radio Al-Ahad a reçu un tir de mortier et la chaîne Dijlah TV a été prise pour cible par un tir de roquette de provenance inconnue, causant des dégâts matériels importants. Selon des informations recueillies par RSF, les journalistes Mustafa Latif et Kamal Waed, présents au moment de l’explosion, ont été blessés. 

Saif Ali, reporter pour la chaîne Fallujah TV a été sauvagement battu à coups de bâton et de matraque par les forces de sécurité. Blessé aux jambes, il a été transporté dans un hôpital. Dans un entretien avec RSF, le journaliste témoigne : “Je couvrais les manifestations à l’intérieur du palais du gouvernement. Moins de deux heures et demie plus tard, des tirs à balles réelles fusaient de partout. Ils ont aussi tiré des grenades assourdissantes, j’ai été atteint à la cheville. J’ai des fractures au niveau de la jambe, une déchirure à la main et une déchirure dans le tissu intérieur de mon oreille droite.” De son côté, Hamyd Mozfr, reporter pour Kurdistan 24, a été touché à la main par des éclats de balle tandis que son collègue Amar Abdeljalil a été violemment battu. 

Plusieurs journalistes ont également été empêchés de filmer les manifestations. Deux reporters d’Al Jazeera, Samer Youssef et Mohamad Malla ont été détenus à l’intérieur du palais par les forces de sécurité pendant plus d’une heure. Au même moment, Ammar Ghassan, reporter pour la chaîne Al-Rasheed et son confrère Mohammed Qahtan Naji ont été détenus, violemment battus et leur équipement ont été confisqué par les forces de sécurité. Rokan Jaf, reporter pour l’agence Zoom News, a également été détenu pendant une trentaine de minutes et son équipement a été confisqué. Il en est de même pour un photographe de l’Associated Press, Hadi Mizban, battu et privé de son appareil photo. Enfin, une équipe de la chaîne UTV composée de Haidar Al-Badry et Abdelmalek Faysal a été menacée par un officier.
 

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