En Égypte, malgré une série de grâces présidentielles, 21 journalistes demeurent en prison

Depuis avril, cinq journalistes ont été libérés en Égypte. Mais à l’été 2022, le pays demeure une véritable prison à ciel ouvert pour les journalistes. Vingt-et-un reporters y sont encore emprisonnés, dont le blogueur Alaa Abdel Fattah qui est, ce 3 août, en grève de la faim depuis quatre mois.

Nous saluons les libérations de journalistes et prenons acte de ce geste opéré par les autorités, déclare le bureau Moyen-Orient de RSF. Toutefois, ces libérations se font au compte-gouttes et demeurent insuffisantes. Les autorités égyptiennes continuent de maintenir en détention une vingtaine de journalistes et ne semblent pas vouloir faire de concessions sur certains des cas les plus emblématiques.”

C’est la dernière série de grâces présidentielles depuis le début de l’année : sept prisonniers ont été libérés fin juillet, à l’approche du nouvel an musulman, dont le journaliste indépendant Hisham Fouad, arrêté en juin 2019. Le 25 avril, c’était son confrère Hossam Moanis, reporter pour Al-Karama, qui était gracié avec plus de 3 000 autres prisonniers, lors de la fête nationale de la libération du Sinaï. Tous deux avaient pourtant été emprisonnés le même jour et avaient été condamnés pour la même affaire en novembre 2021. Fin avril 2022, Hany Grisha, directeur éditorial de Superkoora, (détenu depuis août 2020) et Amer Abdel Monaem, rédacteur en chef du journal El-Shaab (détenu depuis décembre 2020), étaient libérés à leur tour, dans le cadre de la grâce de plus de 980 personnes pour l’Aïd El-Fitr, qui marque la fin du ramadan.  

Un journaliste a également été libéré sur décision judiciaire, mais en dehors du processus de grâces présidentielles. Il s’agit de Khaled Ghoneim, présentateur sur la chaîne Masr Alhayah (détenu depuis en avril 2020), libéré fin mai 2022. 

 

Une “stratégie nationale pour les droits de l’Homme” en trompe-l’œil

Ces libérations collectives s’inscrivent dans la “Stratégie nationale pour les droits de l’Homme” lancée par le gouvernement égyptien en septembre 2021, un plan quinquennal qui est censé aboutir à des réformes de libéralisation de la vie publique, y compris en matière de liberté de la presse. Les autorités entendent y faire participer la société civile avec des consultations, ouvertes en juillet et baptisées “dialogue national”, qui doivent déboucher sur des propositions. 

L’arrivée de Joe Biden à la Maison Blanche a également poussé l’État égyptien a donner des gages de bonne conduite. Chaque année, les États-Unis versent une aide militaire de 1,3 milliard de dollars à l’Égypte. Désormais, 130 millions sont conditionnés au respect des droits humains pour être débloqués. Fin avril, le président Abdel Fattah Al-Sissi a ainsi annoncé la réactivation du Comité des grâces présidentielles, un dispositif consacré à l’examen des demandes de grâces de détenus et à la promulgation de décrets de libération en son nom, initialement mis en place en octobre 2016. Les fêtes nationales et jours fériés comme le 70e anniversaire de la “révolution du 23 juillet” (coup d’État militaire du Mouvement des officiers libres) ou l’Aïd el-Adha sont traditionnellement des occasions propices au pardon.

À l’été 2022, l’Égypte demeure pourtant une véritable prison à ciel ouvert pour les journalistes. 21 journalistes y sont actuellement emprisonnés. Parmi eux, les blogueurs Mohamed “Oxygen” et Alaa Abdel Fattah condamnés en décembre 2021 à 4 et 5 ans de prison pour “appartenance à un groupe terroriste” et “diffusion de fausses informations”. Alaa Abdel Fattah est en grève de la faim depuis le 2 avril 2022. Selon sa sœur, Mona Seif, plusieurs de ses co-détenus, désespérés de ne pas figurer sur la liste des grâciés, ont envisagé un suicide collectif.

À ceux-là s’ajoutent Alia Awad, photographe indépendante condamnée fin juin à 15 ans de prison pour des accusations de terrorisme remontant à 2013, mais aussi quatre journalistes d’Al Jazeera - Rabie El-Sheikh, Ahmed El-Nagdy, Bahaa Ed-Din Ibrahim, et Hesham Abdel Aziz - en détention préventive depuis des durées allant d’un à trois ans pour “appartenance à un groupe terroriste” et “diffusion de fausses informations”.

Dernièrement, le site du média indépendant Al-Manassa a été bloqué en Égypte. Depuis 2017, plus de 500 sites Internet ont été rendus inaccessibles dans le pays, y compris celui de RSF. 

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Publié le 03.08.2022