Deux journalistes irakiens tués en l’espace de quelques jours

Reporters sans frontières (RSF) dénonce le climat d’insécurité pour les journalistes en Irak et demande aux autorités irakiennes de tout mettre en oeuvre pour les protéger et mettre fin à l’impunité des crimes commis à leur encontre. En Irak, deux journalistes ont été tués ce mois-ci, ce qui porte à neuf le nombre de journalistes tués en 2016.

Connu sous le nom de Mohamed Al-Obeidi, le directeur de la radio locale Baba Gurgur, Mohammed Thabet Shahaza, a été assassiné le 6 décembre dernier alors qu’il quittait son lieu de travail en compagnie d’un collègue à Kirkouk, au nord de Bagdad. Des hommes armés à bord d’une voiture ont tiré sur lui, le tuant sur le coup, selon un responsable du média de l’Etat qui soutient la radio, l’Iraqi Media Network, cité par l’Observatoire des libertés journalistiques (JFO). Selon nos sources, le directeur de la radio locale s’intéressait à la détérioration de la situation politique et sécuritaire dans la province de Kirkouk.


“Le lourd bilan des journalistes tués, voire assassinés, en Irak, est clairement lié à l’impunité des crimes commis contre les journalistes dans le pays, déclare Alexandra El Khazen, responsable du bureau Moyen-Orient de l’organisation. RSF dénonce le flou entretenu sur les meurtres de certains journalistes et exhorte les autorités locales et nationales à l’ouverture d’enquêtes impartiales, pour traduire les responsables en justice. Cette impunité est responsable du climat de terreur et d’insécurité pour les journalistes locaux”.


Cinq jours auparavant, un cameraman pour la chaîne kurde KNN TV (affiliée au parti du changement, Goran), Shoukri Zaynadine, a été retrouvé mort dans un village désert de la région d’Amedi, à 90 kilomètres au nord-ouest de la capitale du Kurdistan irakien. Les circonstances de sa mort demeurent incertaines, en raison de versions contradictoires présentées dans les médias. La plupart des médias locaux ont d’abord rapporté qu’il avait été enlevé quatre jours avant d’être assassiné par balles. La police de Dohuk a soutenu par la suite qu’il a été attaqué par un animal sauvage alors qu’il chassait avec un ami. La famille, peu convaincue, insiste sur le fait que le journaliste avait reçu de nombreuses menaces.


Interrogé par RSF le 2 décembre dernier, le directeur général de la chaîne KNN et responsable des médias du parti Goran, Abdel Razaq Sharif, avait précisé que le journaliste n’avait plus eu de contact avec le bureau de la chaîne à Dohuk au cours des quatre jours qui ont précédé sa mort. Il a assuré qu’un mois auparavant le journaliste avait alerté la chaîne de menaces qu’il recevait de la part d’inconnus, tout en ajoutant qu’il est malheureusement fréquent pour les journalistes ou membres de la société civile au Kurdistan irakien de recevoir des menaces.


Au moins trois autres journalistes ont été assassinés en 2016 en Irak. Pour rappel, un journaliste kurde de 28 ans, travaillant pour l’agence pro-PKK RojNews, Wedad Hussein Ali, avait été enlevé à Dohuk. Torturé, il a été assassiné par des inconnus le 13 août dernier. Fin novembre, le Comité des droits de l’homme du Parlement au Kurdistan irakien publiait un rapport d’investigation sur l’enlèvement et l’assassinat du journaliste kurde dénonçant un crime organisé par les forces de sécurité et le parti dominant du PDK. Par ailleurs, En janvier, deux journalistes de la chaîne privée Al-Sharqiya TV avaient été abattus par des inconnus dans la province de Diyala, au nord-est de Bagdad.


L’Irak est un des pays les plus dangereux pour les journalistes. Il figure à la 158e place (sur 180) du Classement 2016 sur la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières.

Publié le
Mise à jour le 08.12.2016