De professionnels de l’information devant les tribunaux

Au cours des deux dernières semaines, de nombreux acteurs de l’information ont vu leur procès reporté par la justice bahreïnie. Reporters sans frontières souligne à nouveau les dysfonctionnements du système judiciaire et réclame l’abandon des charges qui pèsent contre ces professionnels des médias, poursuivis sous des prétexte fallacieux, pour avoir en réalité documenté la répression des manifestations populaires organisées contre le gouvernement du Bahreïn. L’organisation appelle les autorités à conduire systématiquement des enquêtes indépendantes lorsque des allégations de torture et de mauvais traitements en détention sont formulées. Toute absence d’enquête violerait les dispositions de l’article 12 de la Convention des Nations unies contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants. Le 15 décembre dernier, dix organisations de défense des droits humains ont saisi le Rapporteur spécial des Nations unies sur la promotion et la protection du droit à la liberté d’opinion et d’expression, Frank La Rue, ainsi que le Rapporteur spécial sur la torture et autres traitements cruels, inhumains ou dégradants, Juan Méndez, afin de leur demander d’enquêter sur l’arrestation, la détention et les actes de torture à l’encontre de trois acteurs de l’information bahreïnis, le journaliste Mohamed Hassan, le photographe Hussain Hubail et le cameraman Qassim Zain AlDeen, poursuivis pour avoir couvert les récentes manifestations. Tous ont rapporté avoir été victimes d’actes de torture. Si Mohamed Hassan a été libéré, Hussain Hubail et Qassim Zain AlDeen sont toujours incarcérés. Le 29 janvier 2014, le juge a décidé de reporter l’audience du procès d’Ahmed Humeidan au 26 mars prochain, date à laquelle un verdict sera rendu. Photographe de renom, Ahmed Humeidan a été arrêté le 29 décembre 2012. Il est officiellement poursuivi pour avoir attaqué le commissariat de police de Sitra, le 8 avril 2012, alors qu’il n’était pas sur les lieux ce jour-là. Depuis l’ouverture de son procès, le 12 février 2013, les audiences sont sans cesse reportées par le parquet qui peine à faire comparaître les témoins. En vain, l’avocat du photographe a demandé à plusieurs reprises l’ouverture d’une enquête indépendante sur les déclarations de tortures de son client, et exhorté les autorités pénitentiaires à autoriser un médecin à examiner l’état de santé d’Ahmed Humeidan. Le 27 janvier, le procès de Hussain Hubail et Jassim Al-Nuaimi, blogueur, a été repoussé au 16 février 2014, pour les plaidoiries finales. Hussain Hubail, arrêté le 31 juillet 2013, a été inculpé le 21 août dernier pour “administration de comptes (électroniques) appelant au renversement du régime”, “promotion et incitation à la haine contre le régime”, “incitation à la désobeissance des lois” et “appel à des rassemblements illégaux”. Il est également poursuivi pour “contribution au compte Twitter du réseau des médias du 14 février”. Au cours de l’audience du 27 janvier, le photographe a déclaré avoir été victime de torture de la part du Lieutenant Fawaz Al-Sameem, qui l’aurait menacé lui et les femmes de sa famille de viol. Hussain Hubail, photographe freelance, a reçu en mai 2013 le prix du journal indépendant Al-Wasat pour sa photo sur des manifestants pris dans un nuage de gaz lacrymogènes. Blogueur, Jassim Al-Nuaimi a été arrêté à son domicile le 31 juillet 2013 par des agents des forces de sécurité masqués en civil. Il est accusé d’avoir utilisé les réseaux sociaux pour avoir “incité à la haine contre le régime” et “appelé à des rassemblements illégaux”. Il a été particulièrement actif sur la Toile pendant le soulèvement. Après quelques jours passés dans les mains de la Direction générale des investigations criminelles (CID), il a été transféré le 3 août à la prison de Dry Dock, avant d’être de nouveau transféré au CID, puis présenté devant un procureur. Il déclare avoir été contraint de signer des aveux forcés et d’avoir été victime d’actes de torture. Au cours de l’audience du 27 janvier, il a déclaré qu’il n’était pas au Bahreïn au moment des faits qui lui sont reprochés. Il a également ajouté avoir vendu son ordinateur avant les faits, et ainsi ne pas pouvoir être à l’origine des messages incriminés. D’après les informations recueillies par Reporters sans frontières, Hussain Hubail et Jassim Al-Nuaimi ont déclaré tous deux été examinés par la Croix rouge début 2014 suite à leurs allégations de mauvais traitements en détention. Abdullah Salman Al-Jerdabi, photographe arrêté le 13 septembre 2013, a été condamné, le 22 janvier 2014 à six mois de prison ferme pour “rassemblement illégal” et “abus d’utilisation des réseaux sociaux”. En décembre, Qassim Zain AlDeen, cameraman freelance interpellé à son domicile le 2 août 2013, à la veille des manifestations de Tamarod, a été condamné à trois mois de prison pour “participation à un rassemblement illégal”. Le 15 janvier 2014, il a été condamné à six mois de prison à nouveau pour “participation à un rassemblement illégal”, ainsi que pour “vandalisme”. Le 16 février prochain, la cour devrait se prononcer sur l’accusation de “vandalisme à l’intérieur de la prison”.
Publié le
Mise à jour le 20.01.2016