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8 avril 2019 - Mis à jour le 11 avril 2019

Elections européennes : 10 propositions pour renforcer la liberté de la presse en Europe

Les députés européens en séance au parlement /AFP
Comment donner à l’Union européenne les moyens de défendre efficacement la liberté de la presse, l’indépendance et le pluralisme des médias dans une Europe secouée par une série de graves exactions commises contre les journalistes? A six semaines des élections européennes, Reporters sans frontières (RSF) présente 10 propositions pour les candidats au Parlement européen.

Face à l’affaiblissement de la liberté de la presse dans les pays membres de l’Union européenne LIRE LES 10 PROPOSITIONSICIet la relative impuissance des institutions de l’UE à lutter contre ces phénomènes, Reporters sans frontières (RSF) formule 10 propositions pour que le prochain Parlement européen fasse de l’information libre et indépendante une priorité pour les cinq ans à venir et qu’il défende une politique en faveur d’une information fiable pour les citoyens et de la protection des journalistes.


Pour contrer les attaques sans précédent contre la profession, la recrudescence des actions en justice contre les journalistes d’investigation et la désinformation massive en ligne, une des propositions phares de RSF est d’incarner cette politique par un commissaire européen chargé de la liberté, de l’indépendance et du pluralisme de l’information, capable de mobiliser dans ce but toutes les compétences de l’UE.

 

En cas de violation grave des droits fondamentaux – en particulier lorsqu’il s’agit d’atteintes à l’intégrité physique de journalistes – RSF propose également que les ONG et les défenseurs de la liberté de la presse puissent saisir en urgence ce commissaire européen pour qu’il intervienne au plus vite auprès des autorités nationales compétentes.

 

RSF considère qu’il devra également veiller à ce que la politique de concurrence – une compétence essentielle de l’UE – prenne en considération les éléments fondamentaux de la liberté de la presse afin d’éviter notamment que de puissants conglomérats puissent nuire au pluralisme de l’information.

 

RSF préconise par ailleurs que l’Union européenne se dote de pouvoirs de sanctions ciblées et individuelles contre les auteurs de violations graves de la liberté de la presse et de la sécurité des journalistes dans les pays tiers, sur le modèle du “mécanisme Magnitsky” en vigueur notamment aux Etats-Unis.

 

Pour mieux protéger l’espace public mis en danger par les trolls, ces mercenaires de l’information en ligne mis en place par des régimes autoritaires, et l'accélération de la diffusion des fausses informations, RSF encourage parallèlement les pays européens à intégrer au plus vite l’initiative “Information & Démocratie” lancée par l’organisation en novembre 2018 et qui est déjà soutenue par 12 Etats démocratiques.

 

Afin de lutter contre le phénomène des fausses informations, la priorité doit être également donnée à la fiabilité des contenus plutôt qu’à une politique répressive, difficilement applicable et dangereuse pour la liberté d’expression.

 

Dans cette optique, RSF invite l’Union européenne à reconnaître et soutenir le projet “Journalism Trust Initiative”, qui permet de distinguer l’information fiable, grâce à une série d’indicateurs portant sur la transparence des médias, l’indépendance éditoriale, la mise en œuvre de méthodes journalistiques et le respect des règles déontologiques.

 

RSF plaide par ailleurs pour la création d’un nouveau cadre législatif permettant  de responsabiliser les plateformes numériques qui manquent à leurs obligations face aux violations de la liberté d’opinion et d’expression qui sévissent sur internet. Historiquement focalisée sur le développement du marché unique du numérique, l’Union européenne a en effet organisé l’irresponsabilité juridique des grandes plateformes par la directive e-commerce.

 

Face au harcèlement judiciaire dans de nombreux pays de l’UE qui frappe principalement les journalistes d’investigation, RSF demande aux futurs députés européens d’adopter une directive pour lutter contre le caractère abusif des procédures “bâillon”.

 

De même, RSF plaide pour que le Parlement européen examine périodiquement le respect de la liberté de la presse dans tous les Etats-membres, sur la base d’un rapport indépendant, qui puisse déboucher sur des recommandations par pays, ou d’éventuelles sanctions dans des cas de graves violations.

 

Selon l’organisation, le temps est venu de faire de la liberté de la presse une valeur fondamentale de l’Union, placée au cœur de ses traités, au centre de ses institutions, au premier rang de ses combats.  Dans cet objectif, RSF propose de l’inclure dans l’article 2 du traité de l’Union européenne, et de renforcer le rôle de la Cour de justice de l’Union européenne ainsi que d’élargir les pouvoirs du médiateur européen.