Arabie saoudite : le blogueur Raif Badawi toujours détenu après avoir purgé 10 ans de prison

Après 10 ans d'emprisonnement, le blogueur saoudien Raif Badawi aurait dû sortir de prison le 28 février, mais il est toujours détenu à la prison centrale de Dahaban, au nord de Djeddah. Reporters sans frontières (RSF) appelle les autorités saoudiennes à libérer Badawi immédiatement et à lui permettre de rejoindre sa famille, qui vit désormais au Canada.

MISE À JOUR, 11 mars 2022 : Raif Badawi a été libéré. RSF salue cette décision et partage le soulagement de ses proches. Nous restons mobilisés pour qu'il demeure en sécurité et puisse rejoindre sa famille au Canada malgré son interdiction de voyage de 10 ans.



Son épouse, Ensaf Haidar, avait compté les jours sur Twitter jusqu'à sa date de libération sans savoir avec certitude si son son mari, le blogueur Raif Badawi serait libéré lorsque la date arriverait enfin. RSF a contacté les autorités saoudiennes, mais n'a reçu aucune réponse dans l'immédiat. 


Raif Badawi dirigeait le forum en ligne Free Saudi Liberals dans lequel il discutait de questions religieuses et sociétales avec une ouverture exceptionnelle. Après son arrestation en 2012, il a finalement été reconnu coupable d'insulte à l'islam et a été condamné à 10 ans de prison, 1 000 coups de fouet, une amende d’un million de riyals (environ 300 000 euros) et une interdiction de quitter le pays de 10 ans après avoir purgé sa peine de prison.


"Le maintien en détention de Raif Badawi après dix longues années est scandaleux. Il n'aurait jamais dû passer un seul jour derrière les barreaux, et maintenant qu'il a purgé l'intégralité de sa peine sur la base d'accusations ridicules, les autorités saoudiennes n'ont aucune base légale pour continuer à le détenir. Nous appelons à la libération immédiate de Badawi comme une priorité urgente, et à ce qu'il puisse quitter le pays en toute sécurité pour rejoindre sa famille à l'étranger", a déclaré le secrétaire général de RSF, Christophe Deloire. 


Installée au Québec depuis 2013, Ensaf Haidar n'a jamais cessé de militer pour la libération de son mari. Elle place maintenant ses espoirs dans le Canada, qui pourrait lui accorder la citoyenneté canadienne et ainsi faciliter sa réinstallation. 


"Le gouvernement a maintenant une chance d'être solidaire avec nous, d'alléger notre douleur et de reconnaître sa contribution singulière au mouvement mondial des droits de l'Homme en lui accordant la citoyenneté et en garantissant son passage en toute sécurité pour être réuni avec sa famille", a-t-elle déclaré dans un tweet récent.


Mais Raif Badawi ne pourra pas quitter l'Arabie saoudite à moins que l'interdiction de voyager de 10 ans ne soit levée. C'est pourquoi Ensaf Haidar s’est adressé au prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane (MBS) pour lui demander une grâce royale. "Votre Altesse Royale, je fais appel au père et mari que vous êtes, le sort de notre famille est entre vos mains", lui a-t-elle écrit. 


En avril 2020, l'Arabie saoudite a annoncé l'abolition de la flagellation dans le cadre des réformes "Vision 2030" proposées par le prince héritier, qui comprennent également des réformes des droits de l'homme. Sur les 1 000 coups de fouet auxquels Raif Badawi a été condamné, il a reçu les 50 premiers en avril 2015. Depuis cette date, plus aucun ne lui a été administré.


L'Arabie saoudite occupe la 170e place au Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF.

Publié le 01.03.2022
Mise à jour le 23.03.2022