Anniversaire de Lokman Slim : “Le harcèlement des journalistes tue !”, met en garde RSF

Ce 17 juillet, le commentateur politique libanais Lokman Slim aurait fêté ses 60 ans. Depuis son assassinat le 4 février 2021, les coupables courent toujours, pendant qu’une vingtaine d’autres journalistes sont encore menacés en raison de leur travail. RSF appelle les autorités à rendre justice à Lokman Slim et à tout mettre en œuvre pour protéger les journalistes victimes d’intimidations.

Au Liban, le harcèlement des journalistes tue et Lokman Slim en est la preuve, met en garde la responsable du bureau Moyen-Orient de Reporters sans frontières (RSF), Sabrina Bennoui. Ce harcèlement monte d'un cran pour devenir menace et peut ensuite être mis à exécution. Nous appelons les autorités à faire la lumière sur les coupables de cet assassinat et à prendre au sérieux toutes les victimes d'intimidations pour les protéger et éviter un autre drame.”.

 

Sa tête avait été mise à prix. Des menaces de mort avaient été placardées sur les murs de son domicile dans la banlieue sud de Beyrouth. Lokman Slim a finalement été retrouvé le 4 février dans sa voiture, criblé de balles à la tête. Ce 17 juillet, il aurait eu 60 ans. Dans l’une de ses dernières interviews télévisées, le fondateur du site Internet Shia Watch décrivait l’état de la corruption dans le pays. Un an après son assassinat, RSF avait saisi l’ONU, sans suite à ce jour. 

 

Par la suite, Lokman Slim a été la cible d’une violente campagne de haine sur son compte Facebook. Certains internautes ont célébré sa mise à mort, se réjouissant que le Hezbollah ait "sorti les poubelles", au milieu de centaines d’insultes. Si aucune enquête digne de ce nom n’a été menée, tous les soupçons pèsent sur le tandem chiite Hezbollah-Amal. “Je tiens pour responsables Hassan Nasrallah (secrétaire général du Hezbollah, ndlr) et Nabih Berri (chef du mouvement Amal) sur ce qui est arrivé et ce qui pourrait arriver”, annonçait déjà Lokman Slim le 13 décembre 2019, dénonçant les messages de haine. Jawad Nasrallah, le propre fils de Hassan Nasrallah, s’est fendu d’un tweet avant de le supprimer : "La perte de certains est en réalité un gain inattendu et une bénédiction pour d'autres". 

 

Diana Moukalled, co-fondatrice du site indépendant Daraj, connaissait personnellement Lokman Slim. “Ils ne s’en sont pas arrêté à le tuer, ils voulaient aussi détruire son image, répandre des fausses informations et le diaboliser pour anéantir sa mémoire, raconte-t-elle. Quand je poste un message qui lui rend hommage ou qui demande justice, je récolte moi-même des retombées”.

Si Lokman Slim était particulièrement exposé, d’autres journalistes sont jusqu’à présent régulièrement attaqués et sont extrêmement vulnérables. Selon un décompte de RSF, au moins 27 journalistes ont été victimes de cyber-harcèlement et de menaces depuis l’explosion du port de Beyrouth le 4 août 2020.

  

Une page affiliée au Hezbollah a partagé l'un de mes reportages (...), témoigne Riad Kobeissi, chef du département des investigations de la chaîne Al-Jadeed, connu pour ses enquêtes sur l'explosion du port. J’ai reçu de nombreux messages disant : ‘Tu ferais mieux de ne pas t'engager sur ce sujet, nous allons être dans le chaos total et tu peux être le premier à tomber’."

 

Un autre reporter, sous couvert d’anonymat, se confie : “Les campagnes nous accusent d'être financés par des ambassades étrangères. De fausses allégations selon lesquelles nous serions des agents des États-Unis et d'Israël pour faire des reportages sur différents sujets (...). Sur le terrain, je suis toujours accompagné d'autres collègues. Dans ce pays, tout peut arriver. Personne n'est en sécurité”.

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