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17 septembre 2021

Visite de Sviatlana Tsikhanouskaïa à RSF : “les médias biélorusses en exil ont besoin d’une mobilisation financière de l’Union européenne”

Crédit : Noémie Bonnafous/RSF
Lors d’un échange à RSF avec l’opposante biélorusse Sviatlana Tsikhanouskaïa , les deux parties ont constaté la nécessité que l’Union européenne (UE) apporte un soutien financier accru et durable aux journalistes et aux médias biélorusses en exil.

Ce 17 septembre, la cheffe de l’opposition biélorusse en exil Sviatlana Tsikhanouskaïa s’est rendue au siège international de Reporters sans frontières (RSF) à Paris, pour discuter de la situation désastreuse de la liberté de la presse au Bélarus. Avec les équipes de RSF, l’ex-candidate à la présidentielle a abordé les difficultés auxquelles font face les journalistes et les médias indépendants depuis l’élection du 9 août 2020, entachée de fraudes.


À la formidable mobilisation civique et professionnelle des journalistes biélorusses doit répondre une mobilisation financière et politique proportionnée, de l’Union européenne au premier chef, a déclaré le secrétaire général de RSF, Christophe Deloire. Nous demandons à l’Union européenne d’engager durablement toutes ses capacités financières et matérielles au bénéfice des médias et journalistes biélorusses.


“Nos journalistes ont un besoin crucial d’aide, via un fonds spécial de l’Union européenne, notamment pour leur relocalisation, leur défense juridique, a confirmé Sviatlana Tsikhanouskaïa. Défendre les journalistes est important partout dans le monde, mais particulièrement au Bélarus, où ils sont la cible des forces de l’ordre, qui les empêchent de filmer, de rapporter ce qui se passe. Sans eux, nous ne connaîtrions jamais la réalité de la situation.”


“Nous devons agir contre cet Etat qui terrorise les journalistes”, a par ailleurs ajouté Christophe Deloire, formulant l’espoir de voir la plainte déposée par RSF en Lituanie déboucher sur des mandats d’arrêt européens et internationaux. À la suite de l’atterrissage forcé à Minsk d’un avion civil ordonné par Alexandre Loukachenko, ayant permis l’arrestation du blogueur d’opposition Raman Pratassevitch en mai dernier, une enquête pénale a été ouverte pour “détournement d’avion avec intention terroriste”. “Nous attendons que justice soit faite, impatiemment”, a approuvé Sviatlana Tsikhanouskaïa.


Depuis la réélection contestée d'Alexandre Loukachenko, RSF a observé plus de 460 arrestations de journalistes. Près d’une trentaine de journalistes et d’employés des médias sont actuellement derrière les barreaux, et risquent plusieurs années de prison dans des procès iniques. La criminalisation du travail des journalistes s’est accentuée depuis l’automne 2020, en particulier contre les responsables et des plumes réputées de médias indépendants. Cette répression inouïe a atteint un point culminant fin août avec la liquidation sans fondement de l’Association biélorusse des journalistes (BAJ), pilier de la défense de la liberté de la presse dans le pays depuis 25 ans.


Pays le plus dangereux d’Europe pour les journalistes, le Bélarus se classe au 158e rang sur 180 pays dans le Classement mondial de la liberté de la presse en 2021, perdant cinq places.