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8 juin 2016

Violences contre la presse au Guatemala: RSF tire la sonnette d’alarme

Après l’assassinat de l’animateur TV Víctor Hugo Valdez Cardona, le mardi 7 juin, Reporters sans frontières (RSF) dénonce le déchaînement de violence contre les journalistes du Guatemala. Les autorités guatémaltèques doivent impérativement enrayer cette spirale et assurer durablement la protection de la profession.

Le mardi 7 juin, dans les rues de Chiquimula, le journaliste Víctor Hugo Valdez Cardona a été abattu par balles par deux individus casqués et à moto. Víctor était animateur du programme TV Chiquimula de Visión, une émission culturelle qu’il animait depuis plus de 27 ans. Il était également médecin. Une enquête a été ouverte par la police locale. Selon Gerson Rodas, président de l’Association des ‘Comunicadores Sociales’ de Chiquimula, Valdez Cardona n’avait jamais reçu de menaces mais ce crime pourrait être une ‘tentative d’intimidation envers l’ensemble de la presse du département”.


Ce drame s’ajoute aux trois assassinats d’animateurs radios recensés depuis le début de l’année dans le pays, dont les mobiles restent encore à déterminer et dont les responsables n’ont toujours pas été identifiés:


-Le 17 mars 2016, le journaliste et directeur de la radio Estéreo Azúcar, Mario Roberto Salazar Barahona, 32 ans, était abattu par des tueurs à gage à Asunción Mita, dans le département de Jutiapa, frontière avec le Salvador.


- Le 8 avril 2016, Winston Leonardo Túnchez Cano, animateur pour Radio La Jefa, était tué par balles dans une épicerie du département d’Escuintla.


- Le 30 avril, le journaliste Diego Salomón Esteban Gaspar, animateur pour Radio Sembrador, était tué par trois hommes armés dans la municipalité de Ixcán, au nord-est du pays. Le directeur de Radio Sembrador avait dénoncé en 2015 les persécutions dont le média faisait régulièrement l’objet.


« Combien faudra-t-il encore d’assassinats de journalistes pour que les autorités du Guatemala se préoccupent de leur protection ?, s’interroge Emmanuel Colombié, responsable du Bureau Amérique Latine de RSF. La justice du Guatemala doit identifier et juger les responsables de ces assassinats et stopper cette déferlante de violences. La création d’un mécanisme national de protection des journalistes, en débat depuis novembre 2013, doit être ratifié de toute urgence. Les journalistes guatémaltèques ne peuvent plus travailler dans cette ambiance de peur et d’autocensure, qui réduit de nombreux médias au silence.


La violence armée n’est pas malheureusement pas la seule forme d’intimidation des professionnels de l’information dans le pays. Le 1 mai 2016, le bureau du Procureur pour les crimes commis contre les journalistes (Fiscalía de Delitos contra Periodistas) a annoncé que 256 cas de menaces, d’agressions et d’intimidations ont été reportés au Guatemala depuis janvier 2015.


Des journalistes de l’hebdomadaire Contra Poder ont récemment fait l’objet d’insultes et de menaces à travers de faux comptes Twitter, après un reportage du 22 avril 2016 dénonçant des manœuvres frauduleuses de Manuel Baldizón, ancien candidat à la Présidence du Guatemala. Asier Andrés, auteur de l’article, et Luis Font, directeur de Contra Poder, ont été directement menacés sur les réseaux sociaux. Le Grupo A, propriétaire de l’hebdomadaire, a signalé que ce genre d’attaques et de campagnes de diffamation envers les journalistes était devenu une pratique courante depuis 2013. Une plainte a été déposée auprès du Bureau du Procureur des droits de l’Homme du Guatemala et du Rapporteur spécial pour la liberté d’expression de la Commission interaméricaine des droits de l’Homme (CIDH).


Cette même CIDH a publié en mars 2016 un rapport sur la situation des droits de l’Homme au Guatemala, soulignant la grande difficulté d’exercer leur métier pour les journalistes, et plus particulièrement ceux qui enquêtent sur des affaires de corruption et de violation des droits de l’homme. La liberté d’expression « est entravée par des actions d’intimidations envers les médias et des journalistes indépendants », souligne le document.


Le Guatemala se situe à la 121ème place sur 180 pays au Classement mondial de la liberté de la presse publié par RSF en avril 2016.