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26 février 2008 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Violation de la correspondance électronique d'un journaliste de La Pampa : “Les autorités doivent s'expliquer”


Reporters sans frontières condamne l'espionnage informatique dont a été victime Fernando Ayude, du quotidien La Arena à Santa Rosa. Selon le journaliste, la municipalité de la capitale de la province de La Pampa (Centre) aurait tenté à travers lui de surveiller des personnalités politiques d'opposition.
Reporters sans frontières s'élève contre la violation de correspondance dont Fernando Ayude, du quotidien La Arena à Santa Rosa (province de La Pampa, Centre), a révélé, le 23 février 2008, avoir été victime. Le journaliste, très au fait de la vie politique locale, a semble-t-il été espionné après un échange de courriels avec des opposants notoires au maire de la capitale provinciale, Juan Carlos Tierno. “Nous exprimons notre solidarité à l'égard de Fernando Ayude et de ses collègues de la rédaction de La Arena. Les premiers éléments rapportés dans cette affaire, s'ils ne désignent pas directement Juan Carlos Tierno, mettent au moins en évidence un climat politique local très dégradé. Cette violation de correspondance constitue une atteinte scandaleuse à la liberté de la presse. S'il s'agit également d'une grossière manœuvre politicienne, comme le pense Fernando Ayude, alors a fortiori, le maire et son entourage doivent s'expliquer”, a déclaré Reporters sans frontières. Le 15 février 2008, Fernando Ayude a été informé par un inconnu que son courrier électronique était sous surveillance. En guise de preuve, l'individu a montré au journaliste une feuille imprimée mentionnant le mot de passe de sa boîte e-mail et deux courriels, l'un adressé à un conseiller d'opposition et l'autre à un ex-conseiller en charge des questions budgétaires. “Je crois que le but de ce genre d'opérations est d'espionner l'opposition à travers moi”, a déclaré Fernando Ayude à Reporters sans frontières. Son collègue à la rédaction de La Arena, Leonardo Santestebán, a confirmé l'existence de pressions de la part du maire de Santa Rosa envers les journalistes et l'opposition politique. Le journaliste a également rappelé que, fin janvier 2008, le site électronique du quotidien avait été attaqué par des hackers. Selon Fernando Ayude, qui couvre depuis six ans les sessions du conseil municipal, l'arrivée de Juan Carlos Tierno à la tête de la mairie de Santa Rosa a nettement compliqué la tâche de la profession : “Les médias critiques n'ont plus accès aux conférences de presse et approcher le maire est quasi impossible.” Ce n'est pas la première fois que Juan Carlos Tierno a maille à partir avec la presse. Pendant qu'il occupait le poste de ministre de l'Intérieur de la province de La Pampa entre 2003 et 2006, il avait poursuivi en justice trois journalistes du magazine Lumbre, auteurs d'une enquête sur des affaires immobilières dans lesquelles il était mis en cause. La Cour suprême, saisie, avait donné raison aux journalistes. Selon plusieurs sources, les hommes politiques d'opposition n'osent plus se réunir, ni téléphoner, ni laisser de coordonnées sur des ordinateurs dans l'enceinte du palais municipal. Certains ont même dû prendre des mesures de protection. Découragée par les accointances entre la justice de la province et les autorités de Santa Rosa, la rédaction de La Arena a décidé de ne pas donner de suites judiciaires aux affaires de hacking et de violation de correspondance.