L’agressivité de Javier Milei envers la presse est un signal d'alarme : RSF suivra de près le mandat du nouveau président argentin

Le 10 décembre, l'économiste ultra-libéral d’extrême droite Javier Milei prendra ses fonctions comme président de la République argentine. Face à sa posture ouvertement hostile envers les journalistes et son mépris des normes internationales sur le droit à l'information, Reporters sans frontières (RSF) tire la sonnette d'alarme. Des garanties de protection du travail des journalistes doivent être prises.

Dimanche 10 décembre, Javier Milei prêtera serment en tant que président de l'Argentine. Devenu célèbre par ses interventions à la radio et à la télévision comme commentateur économique, Javier Milei multiplie, depuis cinq ans, les épisodes de frictions et d'hostilité à l'égard des journalistes. Une agressivité manifeste qu’il déploie aussi sur les réseaux sociaux et dans l’espace public. Ses violentes attaques verbales  contre tout journaliste critique sont d’ores et déjà un signal d'alarme pour le respect et la garantie du droit à l'information dans le pays.

“Le style agressif de Javier Milei à l'égard de la presse n'est malheureusement pas une nouveauté sur la scène politique mondiale. Il arrive au pouvoir en reproduisant la stratégie adoptée par d'autres chefs d'État sur le continent américain, tels que Jair Bolsonaro au Brésil ou Donald Trump aux États-Unis, qui ont d’ailleurs salué la victoire de Javier Milei. Comme eux, le nouveau président argentin use d'un discours ouvertement hostile au journalisme, repris et amplifié sur les réseaux sociaux par ses partisans. Cette stratégie vise à discréditer les médias et journalistes critiques envers sa politique. En signalant qu'il est prêt à désigner une partie de la presse comme ennemie de son gouvernement, l'arrivée de Javier Milei à la tête du pouvoir exécutif argentin est un signal d'alarme pour le journalisme dans le pays.”

Artur Romeu
Directeur du bureau Amérique latine de RSF

Depuis plus de cinq ans, Javier Milei a pour fil rouge de ses interventions, un mépris affiché envers le journalisme, incarné par des attaques verbales, des menaces, des intimidations par voie juridique et un programme politique de démantèlement des médias publics : 

  • Insultes verbales répétées publiquement envers des journalistes

À plusieurs reprises depuis 2018, Javier Milei, alors chroniqueur économique à la télévision et à la radio, a traité des journalistes d’“ignorants”, d’“imbéciles” et d’“ânes”. La plupart du temps, ces insultes sont proférées dès qu’un journaliste pose des questions qui lui déplaisent. Pendant la campagne présidentielle, il a traité Chequeado, l'une des agences de fact-checking les plus réputées du pays, de menteurs. Il a de même souvent qualifié les journalistes et les médias d'“ensobrados” (“soudoyés”) et use de cette rhétorique pour décrédibiliser la presse. 

  • Menaces et attaques physiques

Avant de devenir député en 2021, il a menacé des journalistes, au moins à deux reprises, à la télévision de violences physiques. En 2023, il a volontairement bousculé un reporter dans la ville de Rosario, dans le nord-est du pays, lors d'un meeting politique, leur déclarant avec condescendance : “C'est ouvert à toute personne, pas à vous”. Les discours de Javier Milei, qui banalisent les attaques contre la presse, sont repris par ses partisans, qui n’ont dès lors aucune limite pour relayer ces insultes envers les journalistes. Le jour des élections présidentielles, alors que Javier Milei votait, l'équipe de la chaîne de télévision publique Canal 7 qui couvrait le processus électoral a même été attaquée par des partisans du candidat, qui ont menacé et confisqué le micro de la journaliste Gabriela Radice.

  • Multiplication des procédures judiciaires contre les journalistes 

En 2022, alors qu'il était encore membre du Congrès, Javier Milei a poursuivi en justice cinq journalistes pour diffamation, exigeant de chacun d'eux un million de pesos (environ 3 000 dollars) de dédommagement. Les journalistes avaient émis des critiques et assimilé ses propos à des concepts nazis, à la suite de ses déclarations publiques où il revendiquait la “supériorité morale et esthétique” de son groupe politique.

  • Volonté de démanteler les médias publics 

Depuis qu’il a été élu le 19 novembre 2023, et avant même d’avoir prêté serment, Javier Milei a d’ores et déjà inscrit les radios et télévisions publiques ainsi que l'agence nationale de presse Telam sur la liste des entreprises d’État à privatiser ou à fermer, au motif qu'elles sont, selon lui, devenues “un mécanisme de propagande”. Il a également annoncé qu'il supprimerait toute publicité publique dans les médias. 

Pendant la campagne électorale en Argentine, RSF a présenté une série de propositions aux candidats en vue de renforcer les garanties pour l'exercice d'un journalisme libre, pluraliste et diversifié. Le pays occupe le 40e rang dans le Classement mondial de la liberté de la presse 2023, perdant 11 places par rapport à l'année précédente.

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