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17 mars 2016 - Mis à jour le 6 décembre 2016

Venezuela: un journal d’investigation indépendant dans le viseur des autorités


David Natera Febres, directeur du journal indépendant vénézuélien Correo del Caroni a été condamné, le 11 mars 2016, à 4 ans de prison pour avoir dénoncé des faits de corruption impliquant l’entreprise publique Ferrominera Orinoco. Reporters sans frontières (RSF) dénonce cette décision inique visant à museler la presse d’investigation et à renforcer le climat de censure dans le pays.


Le vendredi 11 mars 2016, David Natera Febres, directeur du journal vénézuélien Correo del Caroni, a été reconnu coupable de ‘diffamation et injure’ et condamné à quatre ans de prison par le tribunal pénal de l’Etat du Bolivar. Son tort ? Avoir couvert en 2013 un scandale de corruption et d’extorsion de fonds impliquant des officiels de l’armée et l’entreprise publique Ferrominera Orinoco. L’enquête du Correo del Caroni avait à l’époque permis l’arrestation de plusieurs gérants de l’entreprise publique, libérés depuis.


La décision du tribunal est assortie d’une amende de plus de 200 000 bolivares, (environ 20 000 US dollars), et d’une interdiction pour le Correo del Caroni de publier la moindre information sur l’affaire.


Reporters sans frontières s’interroge sur les réelles motivations de cette décision judiciaire, et craint une nouvelle tentative de censure et d’intimidation des autorités envers la presse indépendante. Cette sentence envoie un signal très négatif pour le journalisme d’investigation et la liberté de la presse au Venezuela, déclare Emmanuel Colombié, responsable du bureau Amérique latine de RSF. La presse libre du Venezuela est victime d’un acharnement institutionnel; les autorités se doivent de respecter le principe fondamental du droit à l’information.


Le Correo del Caroni, un des rares journaux indépendants vénézuéliens, est depuis plusieurs années dans le viseur des autorités locales de Bolivar : privation des revenus de la publicité officielle, pression sur les annonceurs privés pour ne pas publier d’annonces, soudoiement de kiosquiers, menaces d’expropriation des locaux du journal…


Cette condamnation pour diffamation n’est pas la première du genre au Venezuela.


RSF avait déjà dénoncé en mai 2015 l’interdiction de sortie du territoire imposée à vingt-deux directeurs de médias indépendants accusés de “diffamation aggravée et continue”. Les journalistes couvrant la corruption des autorités ou encore les violences perpétrées par des fonctionnaires sont victimes de harcèlement et d’agressions, en particulier pendant les périodes électorales.


Le Venezuela est classé 137ème sur 180 pays au Classement sur la liberté de la presse établi par RSF en 2015.