Actualités

22 février 2017

A Varsovie, RSF appelle le gouvernement polonais à cesser de museler la presse

Manifestation à Varsovie contre le gouvernement polonais en décembre 2016 / AFP
Reporters sans frontières (RSF) était à Varsovie ce 21 février 2017 pour adresser au gouvernement polonais des demandes en matière de liberté de la presse et amener l’Union européenne à sanctionner la Pologne si cette dernière persiste dans une voie antidémocratique.

“Nous sommes venus apporter notre soutien aux journalistes polonais qui tentent de poursuivre leur travail malgré les nombreuses pressions et rappeler notre combat en faveur d’une presse libre, honnête impartiale dont les citoyens ont besoin” a expliqué Christophe Deloire, le secrétaire général de Reporters sans frontières devant les médias polonais rassemblés au coeur de Varsovie, avant d’adresser ses recommandations au gouvernement pour mettre un terme aux multiples entraves à la liberté de la presse perpétrées depuis plus d’un an.


Les textes sur les médias adoptés par le parti ultraconservateur PiS (Droit et justice) depuis son arrivée au pouvoir en octobre 2015 ont sérieusement mis à mal l'indépendance de la presse et portent atteinte aux valeurs qui fondent l’Union européenne, en particulier celles de liberté, de démocratie, de l'État de droit et de pluralisme.


Après avoir transformé les médias publics en outils de propagande, le pouvoir en place s’est attaché à étrangler financièrement plusieurs titres de presse indépendants opposés à ses réformes. Plusieurs publications, comme le quotidien Gazeta Wyborcza, se trouvent dans une situation financière très difficile après avoir été privées des recettes publicitaires provenant des entreprises publiques. Le journal d’opposition a dû licencier près de 20 % de ses salariés à la fin de l’année 2016 pour faire face à la baisse de ses revenus.


Un autre sujet d’inquiétude pour les journalistes polonais est le projet des autorités de “repoloniser” la presse locale selon son expression. Plusieurs médias et groupes de presse du pays sont détenus en grande partie par des propriétaires étrangers, et certains dirigeants du PiS considèrent que ces entreprises à capitaux étrangers ne défendent pas suffisamment les valeurs polonaises.


RSF a choisi de s’adresser aux autorités polonaises deux mois après que Bruxelles leur a adressé des recommandations pour préserver l’Etat de droit. Après le refus en bloc formulé par Varsovie le 20 février, RSF appelle l’Union européenne à se saisir des outils juridiques dont elle dispose pour sanctionner la Pologne.


"Aujourd’hui à Varsovie, Reporters sans frontières demande à la Commission de ne pas trahir ses propres valeurs et de poursuivre le combat en prenant des sanctions a déclaré Christophe Deloire, secrétaire général de RSF. Nous voulons être le caillou dans la chaussure des autorités polonaises afin d’exercer sur elles une pression constante en matière de liberté de la presse” a t-il ajouté.


Dès le mois d’octobre 2016, Reporters sans frontières a été l’une des premières organisations à réclamer l'enclenchement de l'article 7 du traité de l'Union européenne qui permet au Conseil de suspendre certains droits d'un État membre en cas de “violation grave et persistante” par celui-ci, des valeurs fondamentales de l’Union.


Quarante-septième sur 180 pays au Classement mondial de la liberté de la presse RSF en 2016, la Pologne a déjà perdu 29 places en un an. Avec la mise en place de ces mesures, elle pourrait poursuivre cette chute spectaculaire et dégringoler de plusieurs places en 2017.