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23 septembre 2002 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Une journaliste britannique détenue en province d'Aceh


Le magistrat en charge de l'affaire MCCulloch/Sadler à Banda Aceh a annoncé le 3 octobre sa décision de prolonger leur détention. Cette dernière aurait dû prendre fin le 1er octobre, mais selon la loi indonésienne, les autorités peuvent la prolonger au maximum pour quarante jours si un complément d'enquête s'avère nécessaire. La police au terme de ses investigations, aurait réuni les preuves nécessaires à la constitution d'un dossier à charge qui est désormais entre les mains du magistrat. Celui-ci devra statuer sur une éventuelle traduction en justice et, s'il y a lieu, sur la date de tenue du procès. A ce jour, les charges retenues contre les deux femmes sont encore incertaines : initialement arrêtées pour violation de la loi sur l'immigration punie par une peine maximale de cinq ans de prison, elles pourraient cependant être inculpées d'"espionnage" ou même de "collusion avec les groupes sécessionnistes armés". _______________________________________________________________ Reporters Sans Frontières s'indigne de la détention abusive dont est victime la journaliste britannique Lesley McCulloch. Depuis le 11 septembre, accusée d'abus de visa touristique, elle est détenue sur l'île de Sumatra, au quartier général de la police de Banda Aceh, capitale de la province en proie aux luttes indépendantistes des rebelles du GAM. "Il est intolérable qu'aucun observateur étranger quel qu'il soit ne soit autorisé à témoigner de la situation en Aceh", a déclaré Robert Ménard, secrétaire général de l'organisation, ajoutant que "les artifices légaux ne sauraient en rien masquer les véritables intentions des autorités de faire taire toute voix discordante". Cette universitaire britannique résidant en Australie, anciennement rattachée à l'Université de Tasmanie, a notamment travaillé pour la radio-télévision australienne ABC et l'hebdomadaire Green Left Weekly. Elle est également connue pour ses contributions fréquentes dans des magazines asiatiques sur la question séparatiste en Aceh. Depuis maintenant plusieurs années, Lesley McCulloch visite la province pour mener à bien ses travaux de recherche et écrire sur ce conflit long de vingt-six ans, détaillant les atteintes aux droits de l'homme des militaires indonésiens et mettant en lumière les intérêts économiques et financiers sous-tendant au conflit. Le 11 septembre, elle a été arrêtée par un groupe de militaires en compagnie d'une infirmière américaine, Joy Lee Sadler, et de leur interprète indonésienne, Fitra Bin Amin, alors qu'elles quittaient un village du sud de la province. Les bagages de Lesley McCulloch ont alors été fouillés, son ordinateur et sa caméra minutieusement examinés, afin de relever des preuves de ses liens avec les groupes rebelles. La police prétend qu'elle a en fait visité une base du GAM. Par la suite, sa maison à Aceh a également été fouillée. Elle est détenue depuis lors, n'est autorisée ni à téléphoner, ni à donner d'interviews, et depuis le 14 septembre, la police surveille étroitement ses entretiens avec son avocat. Elle serait, par ailleurs, privée de sommeil et victime de harcèlement sexuel. Aucune décision sur son cas n'a encore été prise. Elle est accusée de violation des articles 40 et 52 de la loi sur l'immigration du fait qu'elle aurait profité de son visa touristique pour mener des activités en relation avec le GAM. Elle encourt pour cela une peine maximale de cinq ans de prison et/ou une amende de près de 25 millions de rupiah. Lesley McCulloch a dû attendre six jours avant d'avoir un statut légal de suspect, et ceci en totale violation du code pénal indonésien qui exige l'attribution d'un statut dans les vingt-quatre heures suivant l'arrestation. Aucune présence étrangère n'est tolérée dans la province d'Aceh, et les autorités indonésiennes se montrent exaspérées par ce qu'elles considèrent comme un soutien injustifié des journalistes, des groupes de défense des droits de l'homme et des intellectuels, au mouvement séparatiste en Aceh. Déjà en mars 2002, le correspondant à Jakarta des quotidiens australiens The Age et Sydney Morning Herald, Lindsay Murdoch, s'était vu refuser le renouvellement de son visa de presse par le gouvernement indonésien.