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20 mai 2014 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Une dizaine de chaînes interdites de diffusion suite à la proclamation de la loi martiale


Reporters sans frontières condamne la fermeture forcée d’une dizaine de médias de la capitale par les militaires suite à l’instauration de la loi martiale le 20 mai 2014. Des soldats ont fait irruption dans les bureaux d’au moins dix chaînes de télévision, notamment MV5, DNN, UDD TV, Asia Update, P&P Channel, 4 Channel, Bluesky TV, FMTV, T News et ASTV et ont ordonné l'arrêt des programmes “pour éviter que de fausses informations ne circulent”. Les radios communautaires sans licence ont également reçu l’ordre d’interrompre leur diffusion. Un nouveau communiqué de l'armée a annoncé la fermeture de quatre autres stations de télévision, notamment Voice TV. Plusieurs correspondants de journaux étrangers ont toutefois témoigné de la continuation des programmes des chaînes visées, avec cependant des interruptions régulières pour communiquer les annonces de l’armée, qui tient à réaffirmer à la population qu’elle n’est pas en train de mener un coup d'état. “L’intervention militaire au sein des rédactions des chaînes de télévision a été menée en toute illégalité”, déclare Benjamin Ismaïl, responsable du bureau Asie-Pacifique de Reporters sans frontières. “Si les militaires ont besoin que les médias jouent un rôle pédagogique auprès de la population, ils n’ont qu’à envoyer leur déclaration à ces derniers et n’ont pas à prendre les rédactions en otage. Cette façon de procéder est d’ailleurs contre-productive. De nombreux médias et internautes s’inquiètent de l’évolution de la situation et des objectifs réels de l’armée, qui a agi sans consulter le gouvernement. Nous exigeons que toutes les chaines de télévision soient autorisées à informer librement de la situation politique”, ajoute-t-il. Selon le correspondant de Reporters sans frontières, les militaires ont disposé des gardes à proximité des locaux de toutes les chaînes de télévision, y compris celles qui ne sont pas censurées, afin de s’assurer de la diffusion régulière des communiqués militaires. Un communiqué de l’armée invoquant la “sécurité nationale” comme raison de la censure imposée, a été envoyé à l’ensemble (une quarantaine) des chaînes. Les chaînes antigouvernementales telles que Bluesky ou ASTV semblent avoir été autant visées par la censure que celles progouvernementales comme Asia Update, ou P&P. Officiellement, la loi martiale a été déclarée afin de “restaurer la paix et l’ordre public” dans le pays, en crise politique depuis plus de six mois. Le 9 mai dernier, suite à la destitution du Premier ministre Yingluck Shinawatra, les opposants au régime avaient marché en direction du siège du gouvernement et des principales chaînes de télévision. Ils avaient alors exigé que les chaînes cessent de diffuser les annonces du gouvernement pour les remplacer par celles du People’s Democratic Reform Committee (PDRC), groupe de pression politique opposé à l’influence de la famille Shinawatra. La Thaïlande occupe la 130e place sur 180 pays dans le classement mondial de la liberté de la presse 2014 établi par Reporters sans frontières.