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14 mai 2014 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Un journaliste risque jusqu’à 12 ans de prison en Argentine en vertu de la loi antiterroriste


Reporters sans frontières dénonce les graves accusations portées à l’encontre du journaliste, Juan Pablo Suárez. Le directeur du quotidien Última Hora a été arrêté qu’il couvrait la détention brutale par les forces de l’ordre de l’un des leaders des manifestations policières dans la province de Santiago del Estero, le 9 décembre 2013. Il a alors passé dix jours en prison, initialement accusé de “sédition”. L’enquête à son encontre se poursuit et il s’avère maintenant que la loi antiterroriste, qui prévoit jusqu’à douze ans d’incarcération pour “incitation à la violence collective” et “terroriser la population”, va être utilisée contre lui. “Reporters sans frontières demande que ces charges absurdes à l’encontre de Juan Pablo Suárez soient immédiatement abandonnées”, déclare Camille Soulier, responsable du bureau Amériques, “Comment l’action de filmer une arrestation peut-elle être assimilée à une activité terroriste ? En utilisant pour la première fois la loi antiterroriste contre un journaliste, le message envoyé par les autorités de Santiago del Estero serait clair : aucune critique du pouvoir en place ne sera tolérée.” L’avocat de Juan Pablo Suárez, Víctor Nazar, a déclaré à Reporters sans frontières qu’il “n’y a aucun argument juridique pour appliquer la charge de sédition, et encore moins la loi antiterroriste, parce que la seule chose que Suárez a fait est de diffuser une manifestation des revendications salariales. Les raisons sont politiques. Il est le seul journaliste qui critique de manière ferme la politique de l’éxécutif et le seul qui couvre toutes les demandes salariales“. La loi antiterroriste est une réforme du code pénal datant de 2007. L’article 212, utilisé contre le directeur de Última Hora, indique que “celui qui incite publiquement à la violence collective contre des groupes de personnes ou des institutions sera puni avec trois à six ans de prison, pour la seule incitation”. L’application de l’article 41 quinquies, un ajout de 2011, double la peine “lorsque l’un des délits prévus dans ce code a été commis afin de terroriser la population (…)”. L’une des critiques majeures de cette loi était que le manque de précision des termes “actes terroristes” laissait la porte ouverte aux abus. L’Argentine est 55ème sur 180 pays dans le Classement mondial de la liberté de la presse 2014 établi par Reporters sans frontières. Photo: Twitter