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12 décembre 2005 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Un journaliste reçoit des menaces de mort pour son travail sur les crimes de guerre croates


Reporters sans frontières est alarmée par les menaces de mort qui pèsent sur le journaliste de l'hebdomadaire satirique croate Feral Tribune. Drago Hedl a reçu chez lui, le 5 décembre, une lettre anonyme confectionnée à l'aide de coupures de journaux. La lettre contenait le message suivant : « Nous allons te tuer, toi et ton Levar », faisant allusion à Milan Levar, officier d'origine serbe de l'armée croate, tué dans une explosion en 2000 après avoir témoigné devant le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY) contre les crimes de guerre de sa propre armée. Drago Hedl est connu pour ses articles dénonçant le rôle des généraux croates dans les crimes de guerre commis contre des civils serbes de 1991 à 1992. Il a tout de suite porté plainte pour les menaces ; la police a placé son appartement et sa voiture sous protection et lui a proposé une escorte personnelle. « Nous tenons à manifester notre soutien et notre solidarité à Drago Hedl dans cette affaire, qui témoigne des fortes pressions qui pèsent sur les journalistes croates qui révèlent l'implication d'anciens généraux dans des crimes horribles », a déclaré Reporters sans frontières. « Nous demandons aux autorités judiciaires croates d'ouvrir une enquête sur les commanditaires de ces menaces et de tout mettre en œuvre pour protéger le journaliste. » Un des articles publiés par Drago Hedl dans Feral Tribune révélait le témoignage d'un ancien soldat croate, Krunoslav Fehir, impliquant Branimir Glavas, ancien général des forces armées et actuellement conseiller municipal de la ville d'Osijek où réside le journaliste. Le maire d'Osijek, Anto Djapic a déclaré que les journalistes n'étaient pas des « vaches sacrées » et que « c'était leur problème s'ils mentaient ». L'hebdomadaire Feral Tribune avait fait l'objet en octobre 2001 de graves sanctions financières suite à deux décisions de justice menaçant directement son existence. L'hebdomadaire indépendant avait alors dénoncé une situation particulièrement inquiétante pour la liberté de la presse en Croatie et s'était élevé contre la censure. Le journal avait été condamné à payer 200 000 kunas (environ 28 000 euros) par un tribunal de Zagreb pour avoir dénoncé les propos antisémites tenus par un avocat proche de Franjo Tudjman, Zeljko Olujic, accusant les juifs d'avoir provoqué l'Holocauste. « A un moment où la Croatie est montrée du doigt par les institutions européennes suite à l'arrestation du général Ante Gotovina qui comparaît aujourd'hui devant le TPIY, nous craignons une augmentation des représailles contre les journalistes qui continuent de révéler la responsabilité supposée des anciens généraux croates dans les crimes de guerre commis contre les Serbes de Croatie », s'inquiète Reporters sans frontières.