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17 mars 2004 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Un journaliste indépendant harcelé par une secte


Le journaliste John Macgregor est victime d'une campagne d'intimidation et de diffamation de la part de la secte Elan Vital après avoir publié une série d'enquêtes à son sujet. La Cour suprême du Queensland a par ailleurs rendu des jugements dans cette affaire qui menacent la liberté de la presse. Reporters sans frontières déplore le harcèlement dont est l'objet John Macgregor. Elle juge également très regrettable que la justice australienne ait pris des décisions qui soutiennent l'action de la secte Elan Vital. L'organisation a adressé une lettre au président du Conseil de la presse d'Australie, Ken McKinnon, et au procureur général, Philip Ruddock, pour les informer de cette situation. Reporters sans frontières leur a demandé de faire en sorte que la liberté d'informer soit garantie dans la couverture des activités de la secte Elan Vital. Le 1er mars 2004, la Cour suprême du Queensland (nord-est du pays) a ordonné une nouvelle fouille de l'ordinateur personnel du journaliste indépendant. A cette occasion, John Macgregor a affirmé publiquement être harcelé par des membres australiens de la secte internationale Elan Vital. Il ne pouvait se défendre auparavant car il faisait l'objet d'un "ordre de bâillon" de 18 semaines, prononcé par la Cour suprême en octobre 2003, qui lui interdisait de s'exprimer, oralement ou par écrit, sur cette affaire de justice. Le 23 octobre 2003, le cabinet d'avocats Quinn and Scattini, agissant au nom du Ivory's rock Conference Centre (IRCC), une société liée à la secte internationale Elan Vital du gourou Maharaji, avait obtenu de la Cour suprême du Queensland un "ordre de bâillon" et la possibilité de perquisitionner l'ordinateur du journaliste. La secte souhaitait obtenir les sources du journaliste concernant onze documents compromettants qui lui avaient été adressés par l'époux d'une adepte. Le journaliste n'a pas été informé de ce jugement et n'avait pas eu le droit d'en informer quiconque sous peine d'une procédure "d'outrage à magistrat". Suite à ce verdict, la secte a surveillé et menacé John Macgregor. Le 24 octobre, deux avocats et un expert en informatique se sont présentés à son domicile de Perth (sud-ouest du pays). Après lui avoir affirmé qu'il était surveillé par des détectives privés depuis plusieurs jours, les représentants de la secte ont menacé de le faire arrêter s'il ne les laissait pas vérifier son ordinateur. Le reporter a refusé de se plier à cette demande. Le 6 novembre, le journaliste a fait appel, mais la Cour suprême a confirmé le verdict, à la demande du procureur de la Reine. Les avocats de la secte ont pu alors télécharger des documents de l'ordinateur portable du journaliste. Le 21 novembre, cette fois, les juges ont condamné John Macgregor à payer 2 000 dollars australiens (plus de 1 000 euros) pour frais de procédure. Il risque de devoir payer 58 000 dollars (près de 35 000 euros) à IRCC pour les frais d'avocats. Il a expliqué à Reporters sans frontières qu'il n'était soutenu par aucun média. L'avocat du journaliste, Ian Cunliffe, va tenter d'obtenir, lors de la prochaine audience du 15 avril, une réduction de la somme demandée à John Macgregor. Mais les avocats de l'IRCC compteraient d'ores et déjà poursuivre le journaliste dans une autre affaire. En décembre, les avocats de la secte ont adressé à des employeurs de John Macgregor un document l'accusant d'avoir volé des documents pour nuire au gourou Maharaji. Le journaliste était présenté comme le "chef d'une conspiration" contre Elan Vital. John Macgregor a indiqué à Reporters sans frontières que les actions en justice et les moyens déployés par la secte visent à le faire taire à la veille de la venue du gourou Maharaji en Australie, en avril prochain. Le journaliste, ancien adepte de la secte dans les années 1970, a publié plusieurs articles en 2002 dans des journaux australiens, notamment The West Australian et Good Weekend, dénonçant les dérives financières et sexuelles de la secte et de son gourou.