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28 février 2017 - Mis à jour le 7 mars 2017

Un journaliste enlevé, deux autres menacés par l’agence de renseignements tchadienne

Journaux Tchad © Tchadinfos
Reporters sans frontières (RSF) se joint à l’Union des journalistes tchadiens pour dénoncer l’enlèvement dimanche de Daniel Ngadjadoum ainsi que les intimidations à l’encontre de deux autres journalistes tchadiens, Eric Kokinangué et Malachie Dionbé, par l’Agence nationale de sécurité.

Actualisation:


Reporters sans frontières (RSF) a appris avec soulagement la libération de Daniel Ngadjadoum le 1er mars 2017, après 4 jours de détention aux mains de l'Agences nationale de sécurité (ANS). Son dossier a été classé sans suite après sa comparution devant le procureur de la République. Dans une interview accordée à sa sortie à la radio privée FM/Liberté, le journaliste a affirmé vouloir poursuivre le Directeur Général de l'ANS pour enlèvement, torture et séquestration. Il a également remercié vivement RSF et les organisations de défenses des droits de l’Homme, dont la rapide réaction a rendu possibles sa libération ainsi que le retour du Tribune Info dans les kiosques.



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Depuis plusieurs jours, les directeurs de publication, Eric Kokinangué de Tribune Info et Malachie Dionbé Mbaigara de Mutations subissent des menaces téléphoniques provenant de l’Agence nationale de sécurité (ANS), le service de contre-espionnage et de renseignements tchadien qui dépend directement de la Présidence. Les deux journalistes ont dû depuis entrer en clandestinité.


“Reporters sans frontière dénonce ces méthodes d’intimidations contre les journalistes et exhorte les autorités à respecter l’Etat de droit, déclare Cléa Kahn-Sriber, responsable du bureau Afrique. Ce genre de pratiques ne font que perpétuer l’insécurité ambiante et une impunité incompatible avec une démocratisation durable du pays."


Malachie Dionbé Mbaigara est sous pression depuis qu’il a annoncé début février dans son journal qu’il révélerait l’identité des “faux journalistes” travaillant également pour les services de renseignements. Le 21 février, le journaliste a été kidnappé sur son lieu de travail par deux hommes armés, arabophones, qui lui ont demandé pourquoi il écrivait sur l’ANS, avant de le conduire en voiture à travers la ville et de le relâcher quelques heures plus tard. Deux jours plus tard, il était convoqué avec son rédacteur en chef par le directeur de l’ANS, sans plus de précision. “Nous avons refusé d’y aller. S’il y a un plaignant et une convocation de la police judiciaire, alors nous pourrons y répondre”, déclare M. Mbairaga, interrogé par Reporters sans frontières.



Disparition inquiétante



Le 25 février au soir, le domicile d’Eric Kokinangué a été perquisitionné par des hommes armés et cagoulés,en présence de sa femme et de ses enfants. Selon le journaliste, absent au moment des faits, sa famille a été très affectée par cette intrusion. Il a expliqué à RSF ne pas comprendre les raisons de cette perquisition. Dans la foulée, ces mêmes hommes ont également convoqué l’un des journalistes de Tribune Info, Daniel Ngadjadoum par téléphone. Ce dernier a refusé de se rendre au rendez-vous.


Le lendemain soir, il était enlevé à la sortie de l’Eglise par deux hommes armés dans un véhicule sans immatriculation et aux vitres teintées. Personne ne sait où il se trouve depuis. Selon certaines sources locales, la tribune écrite par le journaliste le 22 février, intitulée “Idriss Déby, un président poker menteur”. L’article rappelait les interviews données par le président tchadien au début des années 2000 promettant qu’il ne se représenterait pas, alors qu’il vient de se faire réélire en 2016 après avoir modifié la Constitution en 2005. Le Président de l'Union des journalistes tchadiens a dénoncé ces actes de violence et appelé ceux qui se sentent lésés par les journalistes à avoir recours aux institutions judiciaires plutôt que de recourir à la terreur.


Depuis les élections en avril 2016, le pays a été soumis à une coupure totale des réseaux sociaux rétablis il n’y a que quelques semaines. Les arrestations arbitraires de journalistes et intimidations contre les médias sont fréquentes, alimentant un climat de peur et limitant ainsi les critiques du pouvoir.


Le Tchad occupe la 127eme place au Classement 2016 établi par RSF.