Actualités

19 mars 2008 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Un journaliste emprisonné sans jugement depuis huit mois : Reporters sans frontières dénonce un “déni de droit” et réclame sa libération


Déjà incarcéré à titre préventif entre le 20 décembre 2006 et le 16 mars 2007, au prétexte d'avoir participé à des violences qu'il était venu couvrir, Néstor Pasquini, de la radio locale FM Show, a été renvoyé en prison, le 3 juillet 2007. La justice de la province de Córdoba (Centre-Nord) devrait statuer sur son sort d'ici au 24 mars 2008.
Reporters sans frontières demande la remise en liberté immédiate de Néstor Pasquini, propriétaire de la radio locale FM Show et correspondant du réseau radiophonique Red Panorama. Accusé de “tentative d'incendie criminel”, d'“incitation à la violence” et de “blessures légères” après avoir couvert une manifestation dans la localité de Corral de Bustos, près de Córdoba (Centre-Nord), le 4 décembre 2006, le journaliste avait séjourné une première fois en prison, du 20 décembre 2006 au 16 mars 2007. Sur décision du Tribunal supérieur de justice (TSJ) de la province de Córdoba, il avait été renvoyé derrière les barreaux, le 3 juillet 2007. La chambre criminelle de la juridiction devrait statuer sur son sort d'ici au 24 mars 2008. “Nous avons appris tardivement la réincarcération de Néstor Pasquini. Cette affaire représente un véritable scandale à plusieurs titres. En poursuivant Néstor Pasquini, la justice provinciale fait mine de confondre le témoin et l'acteur d'un événement. Le propriétaire de FM Show n'a fait que son travail et là réside le premier scandale. Un autre tient à l'arbitraire du renvoi en prison de certaines personnes poursuivies parmi beaucoup d'autres. Pourquoi Néstor Pasquini ? Pourquoi lui et deux autres coaccusés ? Néstor Pasquini n'a jamais cherché à fuir. Enfin, comment comprendre qu'un homme reste en prison sans jugement pendant huit mois, surtout en l'absence de preuves à charge ? Devant un tel déni de droit, nous demandons la libération immédiate de Néstor Pasquini”, a déclaré Reporters sans frontières. Le 4 décembre 2006, une manifestation de colère d'habitants de la localité de Corral de Bustos, après le viol et l'assassinat d'une fillette de trois ans, s'était soldée par l'incendie du tribunal municipal et de la voiture d'un magistrat. Une quarantaine de personnes avaient alors été arrêtées, dont Néstor Pasquini et son confrère de la station FM 97.3, Hugo Francischelli, venus couvrir l'événement. Placés en détention préventive, les deux journalistes avaient recouvré la liberté, le 16 mars 2007, en l'absence de preuves corroborant les accusations de “tentative d'incendie criminel”, d'”incitation à la violence” et de “blessures légères” dont ils faisaient l'objet (lire le communiqué du 26 avril 2007). Alors que l'affaire semblait classée, le Tribunal supérieur de justice (TSJ) de Córdoba a ordonné, le 28 juin 2007, la remise en détention préventive de Néstor Pasquini, d'un avocat et d'un maçon, pour les mêmes chefs d'accusation et au nom de la “gravité des faits” qui leur sont reprochés. Écroué pour la deuxième fois le 3 juillet dernier, le propriétaire de la station FM Show reste à ce jour détenu à la prison de Villa María. Il risque de trois à quinze ans de prison. Les avocats Cecilia Pérez Correa et Claudio Oroz ont plaidé, le 13 mars 2008, devant la chambre criminelle du TSJ pour obtenir l'annulation de la mesure de détention préventive. La chambre devrait statuer le 24 mars. Selon Cecilia Pérez Correa, “l'arrestation de ce journaliste répond plutôt à la nécessité de justifier l'existence d'un pouvoir judiciaire qui ne fonctionne pas et qui ne pouvait pas rester les bras croisés après l'incendie de son siège à Corral de Bustos”, a déclaré l'avocate à Reporters sans frontières, invoquant une “violation de la Constitution”.