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21 octobre 2019

Un journaliste emprisonné pour diffamation au Kazakhstan

Le journaliste kazakh Amangeldy Batyrbekov a été condamné à deux ans et trois mois de prison ferme pour “diffamation”. Reporters sans frontières (RSF) appelle la justice à casser cette sentence en appel et exhorte les autorités à dépénaliser les délits de presse.

Alors que les Nations Unies vont bientôt se pencher sur l’état des droits humains au Kazakhstan, le pays vient de donner un nouvel exemple de la façon dont il persécute les journalistes. Amangeldy Batyrbekov a été condamné le 23 septembre à deux ans et trois mois de prison ferme pour “diffamation” par le tribunal de Saryaghach, dans la région du Turkestan (Sud). Il devra en outre s’acquitter de plus de 800 000 tenge (soit près de 2000 euros) en dommages et intérêts. La justice ne devrait pas tarder à examiner l’affaire en appel.

Rédacteur en chef du journal local Saryaghach Info, Amangeldy Batyrbekov est connu dans la région pour ses enquêtes sur les magistrats et fonctionnaires locaux. Il est condamné pour une série de posts Facebook sur des allégations de corruption de fonctionnaires en charge de l’éducation dans le district de Keles. Le procès a été conduit par une juge à qui le journaliste avait consacré plusieurs publications critiques et qui l’avait déjà condamné à plusieurs reprises dans le passé, y compris pour des faits déjà jugés. La demande de révocation introduite par la défense a malgré tout été rejetée. Le témoin de moralité que le journaliste souhaitait produire à l’audience n’a été enregistré qu’après sa condamnation.

“Cette lourde sentence a été rendue au terme d’un procès entaché de nombreux vices de procédures, note le responsable du bureau Europe de l’Est et Asie centrale de RSF, Johann Bihr. Nous appelons la justice à dépayser le procès en appel et à rendre une décision conforme aux standards internationaux en matière de liberté d'expression. Les autorités kazakhes doivent enfin dépénaliser les délits de presse si elles veulent que leur discours réformateur soit pris au sérieux.”

Dans une lettre ouverte signée par quelque 500 personnes, des journalistes et activistes de la région du Turkestan ont demandé aux autorités nationales de s’assurer qu’Amangeldy Batyrbekov soit rejugé de façon juste et équitable.

Tout comme RSF, l’ONU et l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) appellent depuis longtemps les autorités kazakhes à dépénaliser les délits de presse : punir la diffamation d’emprisonnement favorise un climat d’intimidation propre à décourager les journalistes d’aborder les sujets sensibles. Cette recommandation figure en bonne place dans le rapport remis par RSF au Conseil des droits de l’homme de l’ONU, qui examinera le 7 novembre la situation au Kazakhstan.

Le pays occupe la 158e place sur 180 au Classement mondial de la liberté de la presse établi en 2019 par RSF.