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8 janvier 2010 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Un an d'impunité dans l'assassinat de Lasantha Wickrematunge : "l'émotion et la colère n'ont jamais disparu"


"En un an, aucune avancée n'a eu lieu dans l'enquête sur son assassinat", a déploré Lal Wickrematunge, à la veille du premier anniversaire de la mort, le 8 janvier 2009, de son frère Lasantha Wickrematunge, célèbre directeur du Sunday Leader. Lal Wickrematunge a repris la direction de cet hebdomadaire d'investigation dont certains journalistes ont récemment reçu des menaces de mort. "Quand finalement je serai tué, c'est le gouvernement qui m'aura tué", avait écrit Lasantha Wickrematunga dans un éditorial posthume. Directeur du Sunday Leader, connu pour ses révélations fracassantes et ses critiques du gouvernement, il avait été qualifié de "journaliste terroriste" par le président Mahinda Rajapaksa, tandis que le frère du chef de l'Etat, Gotabhaya Rajapaksa, avait tenté de le faire taire devant les tribunaux, puis avait sali sa mémoire lors d'interviews à la presse étrangère. "L'émotion et la colère n'ont en aucun cas disparu un an après le lâche assassinat de ce célèbre journaliste sri lankais. Cette colère est entretenue par les entraves flagrantes à l'enquête de la part des autorités de Colombo. Le nom et le souvenir de Lasantha Wickrematunga ne disparaîtront pas, et en cela, les commanditaires de sa mort se sont trompés. Même si ces criminels continuent de se sentir suffisamment protégés pour menacer de la même encre rouge la nouvelle rédactrice en chef du Sunday Leader, nous sommes confiants qu'un jour ils seront punis", a affirmé l'organisation. "Nous demandons aux différents candidats à l'élection présidentielle du 26 janvier prochain de s'engager à faire la lumière et de punir sévèrement les auteurs et les commanditaires de cet assassinat et des autres violations graves de la liberté de la presse, commis au cours de ces dernières années. Certains candidats promettent la vérité, nous espérons que ce sont pas de vains mots", a affirmé l'organisation. Interrogé par Reporters sans frontières, le frère du journaliste, Lal Wickrematunga, qui a repris la direction du Sunday Leader, a déclaré : "Après dix mois d'enquête, le dossier a été transmis à la police criminelle, le CID, mais depuis, ils n'ont recueilli aucun témoignage sérieux. Ils m'ont appelé une fois, puis, plus rien. L'examen du dossier a été reporté 24 fois devant la justice. Chaque fois, la police affirme ne pas avoir assez d'éléments. Et le seul témoin oculaire a disparu depuis plusieurs mois." Dans un message adressé à Reporters sans frontières, sa veuve, Sonali Samarasinghe Wickrematunga, journaliste et avocate réfugiée à l'étranger, a déclaré : "Un an plus tard, aucun progrès n'a été fait. (…) Des accusations sont lancées dans un espoir désespéré d'exploiter cette affaire dans un but politique." Demain, à Colombo, sa famille et ses amis se réuniront autour de sa tombe, puis participeront à une série de rassemblements en mémoire du journaliste assassiné. Lasantha Wickrematunga a été tué le 8 janvier 2009 par quatre hommes armés circulant à moto à Colombo. Transféré inconscient dans un hôpital, il est mort des suites de ses blessures à la tête. Lire le communiqué : http://www.rsf.org/Aucun-progres-dans-l-enquete-sur-l.html Nouvelles menaces contre la rédactrice en chef du Sunday Leader : http://www.rsf.org/Nouvelles-menaces-contre-la-presse.html Interview exclusive avec Frederica Jansz : http://www.rsf.org/spip.php?page=article&id_article=35773 Le Sri Lanka est classé à la 162e position - la pire pour un pays démocratique - dans le classement mondial de la liberté de la presse 2009 de Reporters sans frontières.