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19 septembre 2007 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Un conflit professionnel dégénère en agression : Reporters sans frontières déplore le "mauvais climat" entourant la presse


Reporters sans frontières est scandalisée par l'agression dont a été victime, le 13 septembre 2007 à Buenos Aires, Tomás Eliaschev, rédacteur du site perfil.com, lié au groupe de presse du même nom, à la suite d'un conflit du travail qui a tourné au règlement de comptes. Cet épisode révèle le mauvais climat qui affecte la presse argentine. L'organisation condamne également la détention et les brutalités policières subies, toujours le 13 septembre, par le journaliste de radio Carlos Furman, déjà menacé dans le passé, dans la province d'Entre Ríos (Nord-Est). “Nous ne saurions prendre parti dans le conflit qui a dernièrement opposé la direction du groupe Perfil à l'Union des travailleurs de presse de Buenos Aires (UTPBA). Nous notons néanmoins que ce conflit, par son ampleur et sa brutalité, a largement dépassé le simple contentieux professionnel. L'agression de Tomás Eliaschev s'inscrit dans un climat de violence entourant la presse toujours aussi intenable, dont la détention de Carlos Furman révèle également la persistance. Il est plus que temps, à l'approche des élections du 28 octobre, que les journalistes, les organisations professionnelles et les autorités s'engagent ensemble à pacifier la situation”, a déclaré Reporters sans frontières. Le 10 septembre 2007, les journalistes du groupe Perfil, présidé par Jorge Fontevecchia, ont entamé une grève après le licenciement de l'un des rédacteurs du site perfil.com, Alejandro Wall. Selon la rédaction, à la veille d'élections professionnelles prévues les 27 et 28 septembre, l'UTPBA a refusé à la dernière minute de s'associer à une concertation pour réintégrer Alejandro Wall, qui devait avoir lieu le 11 septembre au ministère du Travail. Le 13 septembre, la situation a dégénéré. Dépêché dans les locaux de l'UTPBA pour demander des explications sur la défection du 11 septembre, Tomás Eliaschev a été roué de coups et blessé à la tête. Quelques heures plus tard, des actes de vandalisme et des actes d'intimidation contre des membres de l'UTPBA ont été commis au nom du Parti ouvrier, en lien avec le groupe Perfil, selon l'organisation des travailleurs de presse. Tomás Eliaschev est le fils de José “Pepe” Eliaschev, dont le programme avait été supprimé de la grille de Radio Nacional, le 30 décembre 2005, après des pressions politiques sur la rédaction (cf. communiqué du 5 janvier 2006). Son agression porte un nouveau coup dur à la presse argentine, affaiblie par de fortes divisions et des relations tendues avec les autorités locales et le gouvernement fédéral. Le 13 septembre, Carlos Furman, directeur de programmes de la station locale FM 2 de Octubre à Santa Elena, dans la province d'Entre Ríos, s'est plaint d'avoir été détenu et passé à tabac par la police quatre jours plus tôt, après avoir reçu des menaces de mort. Le journaliste avait relaté à l'antenne, à la fin du mois d'août, une affaire de profanation de cimetière, minimisée selon lui par la police. D'après cette dernière, le journaliste aurait simplement été arrêté pour “outrage”. Il a été libéré dans la matinée du 14 septembre après l'intervention de son avocat. Carlos Furman, qui a plusieurs fois mis en cause dans ses émission les autorités provinciales pour “corruption” et “enrichissement personnel”, avait échappé à un attentat par balles le 10 juin 2006. Muni d'un gilet pare-balles, il s'était barricadé pendant trois mois dans un hôtel de Santa Elena.