Actualités

5 février 2020 - Mis à jour le 6 février 2020

Un blogueur pakistanais en exil au Pays-Bas attaqué et menacé de mort devant son domicile

Ahmad Waqass Goraya a été attaqué devant son domicile, où il vit avec son épouse et ses deux enfants. Le modus operandi est typique des services secrets pakistanais (photo : rijnmond.nl).
Reporters sans frontières (RSF) appelle les autorités néerlandaises à garantir la sécurité de ce blogueur et à faire toute la lumière sur cet acte d’intimidation violent, manifestement commandité par une agence gouvernementale pakistanaise.

Il a été attaqué devant son domicile familial, à Rotterdam. Dimanche 2 février, alors qu’il rentrait chez lui, le blogueur Ahmad Waqass Goraya a été agressé par deux inconnus. “J’étais au téléphone quand un homme a surgi pour me frapper plusieurs fois au visage, a-t-il expliqué à RSF. Un autre individu était présent et filmait l’incident.” S’adressant à lui en ourdou, avec un accent pachtoune, l’assaillant a menacé Ahmad Goraya de mort, en précisant qu’il “savait très bien où [il] résidait, lui et sa famille”.

 

Le blogueur a déposé plainte auprès de la police de Delfshaven, près de Marconiplein, à Rotterdam. “Cette attaque épouse clairement le modus operandi des services secrets pakistanais, a-t-il affirmé à RSF. Avec plusieurs autres dissidents pakistanais, nous savons qu’une liste de cibles circule actuellement.”

 

RSF a pu établir qu’au moins deux autres journalistes pakistanais réfugiés dans des pays européens font actuellement l’objet de pressions de la part de l’Inter-Services Intelligence (ISI, services secrets pakistanais), à travers des intimidations exercées sur les membres de leur famille restés au Pakistan. En 2018, Ahmad Goraya avait lui-même révélé ce type de pression exercé contre ses parents. 

 

Coïncidence troublante

 

Autre élément troublant, selon le blogueur : “On nous a aussi informés que [l’ISI] viserait quelqu’un de l’ethnie pachtoune.” Or, le jour précis de cette attaque coïncide avec des manifestations, organisées au Pakistan et au sein de la diaspora, des sympathisants du Mouvement de protection pachtoune, (Pashtun Tahafuz Movement, PTM), le principal groupe de défense de cette minorité, dans le collimateur des services secrets. 

 

“Compte tenu de ces éléments concordants, nous invitons la police néerlandaise à privilégier la piste pakistanaise, et à assurer la sécurité de Waqass Goraya, déclare Daniel Bastard, responsable du bureau Asie-Pacifique de RSF. S’il est avéré que l’ISI est bien derrière cette attaque intolérable, cet incident représenterait un précédent inadmissible, et une violation flagrante de la souveraineté néerlandaise. A ce titre, nous appelons le ministre des Affaires étrangères, Stef Blok, à convoquer immédiatement l’ambassadeur du Pakistan à La Haye pour lui demander des comptes sur cette affaire.”

 

Ahmad Goraya est un blogueur qui écrit, entre autres, sur les violations des droits de l’homme et des cas de tortures perpétrés par l’armée pakistanaise et l’ISI. Il est aussi engagé en faveur de l’abrogation des lois sur le blasphème.

 

Torturé “au-delà de toute limite”

 

Alors qu’il était encore au Pakistan, il avait été victime de la vague d’enlèvement qui avait ciblé cinq autres blogueurs engagés pour les droits humains en janvier 2017. Relâché après plusieurs semaines de torture “au-delà de toute limite”, il avait affirmé à la BBC, une fois en exil, qu’une “institution gouvernementale en lien avec l’armée” était responsable de son kidnapping.

 

Plus récemment, son nom avait été retrouvé en compagnie de celui de cinq autres journalistes sur une liste établie par l’Agence fédérale d’investigation (AFI), rattachée au ministère de l’Intérieur. Accusés d’avoir posté sur les réseaux sociaux des photos de leur confrère saoudien Jamal Khashoggi, assassiné en octobre 2018, en amont d’une visite du prince héritier Mohammed ben Salmane à Islamabad, ces six journalistes devaient faire l’objet d’une “enquête approfondie” de la part des services - “enquête” signifiant ici campagne d’intimidation.

 

La Pakistan se situe à la 142e position sur 180 pays dans l’édition 2019 du Classement mondial de la liberté de la presse publiée par RSF.