Actualités

20 août 2020

Ukraine : “Skhemy”, une émission d’investigation sous pression

Mykhailo Tkach (Photo : Natalie Sedletska)
L’émission d’investigation “Skhemy”, diffusée sur la télévision publique ukrainienne, fait l’objet de pressions inquiétantes. Reporters sans frontières (RSF) dénonce ces tentatives répétées d’intimidation et demande que soit menée une enquête approfondie.

Deux incidents inquiétants ont alerté les journalistes de l’émission “Skhemy”. Dans la nuit du 16 au 17 août dans la ville de Brovary, à l’est de Kiev, une voiture utilisée par la rédaction pour ses reportages a été incendiée. D’après l’enquête préliminaire menée par la police, il s’agirait d’un acte délibéré. Quelques jours plus tôt, le 8 août, le journaliste de l’émission, Mykhailo Tkach, remarquait des trous suspects au plafond de sa cuisine et signalait la potentielle mise sur écoute de son appartement de Kiev.  Bien qu’il ait fait appel à la police, celle-ci n’a mené qu’une inspection superficielle de l’appartement. 


“Skhemy”, fruit d’une collaboration entre la télévision publique ukrainienne et Radio Liberty/Radio Free Europe, propose des reportages sur la corruption et l’abus de fonction au sein du gouvernement ukrainien. Ce programme hebdomadaire est diffusé depuis juillet 2014 sur UA:Pershyi, principale chaîne de la télévision publique. D’après Mykhailo Tkach, auteur de nombreuses enquêtes sur les coulisses de la politique ukrainienne, son activité journalistique dérange de hauts fonctionnaires et cela pourrait expliquer sa mise sous surveillance.


Une enquête a été ouverte le 17 août pour "destruction ou détérioration intentionnelle de biens" liée à l'incendie de la voiture, après celle initiée le 8 août pour “violation de la vie privée”. Estimant cependant que cette enquête n’était pas effective, Mykhailo Tkach a déposé une plainte officielle contre l’inaction de la police, trois jours plus tard, le 11 août.


Les pressions et les tentatives d’intimidation dont fait l’objet la rédaction de “Skhemy” sont inacceptables, tout comme l’inaction de la police, déplore la responsable du bureau Europe de l’Est et Asie centrale de RSF, Jeanne Cavelier. Les autorités ukrainiennes doivent montrer leur engagement  à défendre le droit d’informer, y compris sur des sujets qui dérangent, et mettre tout en oeuvre pour que des enquêtes soient menées avec diligence et efficacité.”


“Skhemy” a déjà été la cible de pressions par le passé. En janvier 2020, la voiture d’un correspondant de l’émission à Lviv avait également été incendiée. Cet incident était survenu alors que quelques mois auparavant, en octobre 2019, une décision de justice tentait de contraindre les journalistes de l’émission à dévoiler leurs sources. Le même mois, un proche de l’ancien président Ianoukovitch avait diffusé les données personnelles du chauffeur de l’équipe de “Skhemy”. 


L’Ukraine occupe la 96e place sur 180 pays au Classement mondial de la liberté de la presse 2020 établi par RSF.