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4 septembre 2020

Ukraine : pressions des autorités publiques sur un groupe audiovisuel privé

Crédit : Priamyi TV
Les autorités publiques ukrainiennes ont révoqué la licence de Priamyi FM, radio d’un groupe audiovisuel d’opposition, et continuent de faire pression sur Priamyi TV. Reporters sans frontières (RSF) dénonce le harcèlement que subit, depuis près d’un an, le groupe média privé et demande l’annulation de la décision du Conseil de l’audiovisuel.

Le Conseil national de l’audiovisuel ukrainien a révoqué, jeudi 3 septembre, la licence de la radio Priamyi FM. La raison invoquée est que la radio n’a pas utilisé son droit de diffusion au cours de l’année suivant l’obtention de ses fréquences, comme elle aurait dû. Si la radio n’a effectivement pas émis sur deux fréquences en particulier, c’est que celles-ci étaient défectueuses, ainsi qu’elle l’a signalé dans les temps, dès décembre 2019. L’organe de régulation des médias réputé proche du pouvoir a ignoré les demandes répétées de Priamyi FM concernant le renouvellement de ces fréquences et décidé de révoquer la licence dans sa globalité, sans avertissement préalable - une première dans l’histoire du Conseil. Le groupe de médias Priamyi a annoncé qu’il fera prochainement appel de cette décision. 


La chaîne Priamyi TV a par ailleurs subi trois inspections du Conseil national de l’audiovisuel à des dates rapprochées - en janvier, avril et juin. Chacune se fondait sur un motif légal, des insultes à l’antenne par exemple. Mais d’autres rédactions, pour des faits similaires, ne sont pas inquiétées de cette manière.  


Priamyi TV est également dans la visée du Bureau national d’investigation (DBR), la “police des polices” ukrainienne, depuis l’été 2019. Une enquête criminelle pour détournements de fonds avait alors été ouverte contre le propriétaire de la chaîne, Volodimir Makienko, dont l’appartement a été perquisitionné en novembre 2019. Le 18 février 2020, une décision du tribunal de Pechersk, à Kyiv, a permis au DBR de saisir des documents administratifs de Priamyi TV. Ceux-ci ont été restitués après qu’aucun élément incriminant n’a été trouvé. 


La productrice de la chaîne, Svitlana Orlovska, affirme qu’une nouvelle perquisition est prévue prochainement dans ses locaux, et Oleh Koretskyi, enquêteur en chef au DBR, a déclaré le 8 juillet 2020 avoir subi de fortes pressions de sa hiérarchie pour que la chaîne cesse son activité. 


« A l’approche des élections locales d’octobre, la révocation de la licence de Priamyi FM est une première étape dangereuse vers la censure, dénonce la responsable du bureau Europe de l’Est et Asie centrale de RSF, Jeanne Cavelier. Les inspections répétées et arbitraires de Priamyi TV constituent des pressions politiques inacceptables. Toutes ces manœuvres sont en contradiction avec l’article 5 de la loi ukrainienne sur la diffusion audiovisuelle et nuisent au pluralisme médiatique, nécessaire au débat démocratique. RSF appelle à l’annulation de la révocation de la licence de la radio et à l’arrêt du harcèlement que subit la chaîne TV. »


Priamyi TV est une chaîne d’information critique du gouvernement, jouissant d’une audience importante. Elle est aujourd’hui encore ardemment critiquée pour son traitement privilégié de l’ancien président Petro Porochenko, ainsi que pour sa virulence contre ses opposants. Ex-député proche de l’homme politique, son propriétaire avait pourtant souligné, en 2017, sa volonté de ne pas interférer dans la ligne éditoriale du média.


Les luttes partisanes engendrent en Ukraine une polarisation très forte du paysage audiovisuel. L’Ukraine occupe la 96e place sur 180 au Classement mondial de la liberté de la presse 2020 de RSF.