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5 septembre 2018

Ukraine : il faut défendre le secret des sources, condition essentielle du journalisme d’investigation

Crédit : Radio Svoboda - RFE/RL
Reporters sans frontières (RSF) dénonce l’autorisation donnée au parquet ukrainien d’accéder aux données téléphoniques de la célèbre journaliste d’investigation Natalia Sedletska.

C’est un précédent très inquiétant. Le média américain Radio Free Europe / Radio Liberty (RFE/RL) a annoncé le 4 septembre 2018 qu’un tribunal de Kiev avait autorisé le parquet général ukrainien à accéder aux données téléphoniques de la célèbre journaliste Natalia Sedletska. L’opérateur téléphonique a dû livrer aux enquêteurs l’historique des appels et des messages passés depuis son téléphone portable entre juillet 2016 et novembre 2017 ainsi que toutes les données associées, y compris sa géolocalisation. Le parquet a précisé qu’il n’était pas question d’accéder au contenu des conversations téléphoniques de Natalia Sedletska.


“Cette décision compromet gravement la protection des sources journalistiques, garantie par le droit ukrainien et européen, dénonce le responsable du bureau Europe de l’Est et Asie centrale de RSF, Johann Bihr. Ce précédent choquant constitue un puissant signal d’intimidation pour le journalisme d’investigation à l’approche des élections générales. Nous appelons les autorités ukrainiennes à réexaminer la proportionnalité de cette décision et à restreindre précisément dans la loi les exceptions admissibles au secret des sources journalistiques.”


Célèbre journaliste d’investigation ukrainienne, Natalia Sedletska est la rédactrice en chef de l’émission hebdomadaire “Skhemy”, spécialisée sur la corruption des hautes sphères. Cette émission est un projet de RFE/RL, diffusé par la télévision publique ukrainienne depuis 2014. L’examen des données téléphoniques de Natalia Sedletska intervient dans le cadre d’une enquête ouverte contre le directeur du Bureau national anticorruption (NABU) pour “divulgation de secret d’Etat”, dans laquelle la journaliste est entendue comme témoin. Interrogée pendant plusieurs heures en décembre 2017, elle avait refusé de répondre sur ses communications avec ses sources, conformément à la loi.


L’Ukraine occupe la 101e place sur 180 au Classement mondial de la liberté de la presse publié par RSF en 2018.