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7 août 2020 - Mis à jour le 11 août 2020

Ukraine : des journalistes cyber harcelées et menacées de mort pour leurs articles

Photos Facebook : Katerina Sergatskova (à gauche) et Lioubov Velychko (à droite)
Deux journalistes ukrainiennes ont été la cible de menaces et de harcèlement sur Internet en raison de leurs publications. Reporters sans frontières (RSF) demande aux autorités d’enquêter rapidement et de tout mettre en oeuvre pour assurer leur protection.

Si Lioubov Velychko et Katerina Sergatskova écrivent pour des médias aux lignes éditoriales pour le moins éloignées, elles ont en commun d’avoir toutes deux récemment fait l’objet d’insultes et de menaces de mort publiées en ligne. 


Le 13 juillet, la journaliste Lioubov Velychko a publié sur le site Texty.org.ua une enquête sur l’influence pro-russe de certaines chaînes Telegram particulièrement suivies par les députés du parti présidentiel. Selon elle, deux des cinq chaînes étudiées seraient en réalité administrées par le Kremlin, et leur contenu se refléterait dans le vote des députés de la majorité à l’Assemblée nationale ukrainienne. 


Menacée de mort sur Facebook par des trolls, harcelée par les administrateurs de plusieurs chaînes Telegram et insultée par Olga Shariy, épouse de l’homme politique Anatoly Shariy et co-dirigeante du parti éponyme, la journaliste a demandé protection à la police le 29 juillet. Elle a déposé deux plaintes, la première sur les menaces de mort qui lui ont été adressées, la deuxième pour obstruction à son travail de journaliste. 


Katerina Sergatskova, éditrice-en-chef du site Zaborona, a quant à elle été victime de doxing pour une enquête publiée le 3 juillet sur les liens présumés entre des militants d’extrême-droite et la plateforme de vérification d’informations StopFake. Après la publication de l’article, la journaliste d’origine russe a aussitôt été accusée d’être un agent du Kremlin. Le 11 juillet, ses données personnelles, dont une photo de son fils de cinq ans et de sa maison, ont été diffusées sur Facebook. Noyée sous un afflux de menaces de mort et d’insultes, elle a décidé le 13 juillet de quitter Kiev, où elle ne se sentait plus en sécurité. La police a d’abord refusé d'ouvrir une enquête, ce qui a poussé son avocat à s’adresser directement à la direction centrale du ministère de l’Intérieur. 


“Dans ces deux cas, les journalistes menacées se sont tournées vers les autorités pour leur protection, mais à ce jour, aucune arrestation n’a été effectuée et personne n’a été tenu responsable, déclare la responsable du bureau Europe de l’est et Asie centrale de RSF, Jeanne Cavelier. Il est inacceptable que des journalistes soient en danger de mort pour avoir fait leur travail. RSF demande aux autorités de tout mettre en oeuvre pour leur protection ainsi que la conduite d’une enquête approfondie pour chacune de ces affaires.”


Les deux journalistes ont par ailleurs fait l’objet d’insultes sexistes et de menaces de nature sexuelle. Plusieurs études confirment la dimension sexo-spécifique des violence en ligne qui ciblent plus souvent les femmes journalistes que les hommes. Deux tiers des professionnelles de l’information disent avoir été victimes de harcèlement et pour 25% d’entre elles, celui-ci s’est déroulé en ligne.


Dans une société ukrainienne marquée par une forte polarisation politique, les médias et journalistes sont aussi régulièrement les otages de la virulence des batailles partisanes. 


L’Ukraine occupe la 96e place au Classement mondial de la liberté de la presse 2020, établi RSF.