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28 janvier 2021 - Mis à jour le 29 janvier 2021

Turquie : l’état de la liberté de la presse en chiffres

Alors que le procès du représentant de RSF en Turquie, Erol Önderoğlu, va s’ouvrir ce mercredi 3 février, l’organisation dresse un bilan chiffré de l’état de la liberté de la presse dans le pays. Ces données, recueillies avec l’aide du partenaire local de RSF, Bianet, révèlent l’ampleur de la répression depuis la tentative de putsch raté de juillet 2016.

200

Ces cinq dernières années, plus de 200 journalistes et collaborateurs des médias ont été emprisonnés en Turquie. Treize d’entre eux se trouvent encore derrière les barreaux. La Turquie reste l’une des plus grandes prisons au monde pour les professionnels des médias.


48 

Au cours de l’année 2020, 48 journalistes ont passé au moins une journée en garde à vue pour avoir, entre autres, évoqué le sort des réfugiés syriens, enquêté sur la gestion de la pandémie de Covid-19 ou traité de la question kurde. 


27 ans et 6 mois de prison

C’est l’une des peines de prison les plus lourdes prononcées contre un journaliste turc. Le 23 décembre 2020, le journaliste Can Dündar a été condamné à 27 ans et six mois de prison pour "espionnage et assistance à une organisation terroriste". Une peine prononcée in absentia, Can Dündar vivant en exil en Allemagne depuis une tentative d’assassinat en 2016.  Les ennuis judiciaires de l’ancien directeur du quotidien Cumhuriyet  ont commencé à la suite de la publication d’un article sur des livraisons d’armes à des groupes islamistes en Syrie. Le président Recep Tayyip Erdogan avait alors prévenu : "Celui qui a signé cet article exclusif le paiera très cher. Je ne le laisserai pas comme ça".


71 ans

C’est l’âge du plus vieux journaliste turc emprisonné. Ahmet Altan est toujours incarcéré dans la prison de haute sécurité de Silivri, près d’Istanbul, alors que la Cour suprême de Turquie a cassé, en juillet 2019, la condamnation à perpétuité dont il avait fait l’objet avec son frère, Mehmet Altan et la journaliste Nazli Ilicak en 2018. Ils avaient été accusés d’avoir soutenu la tentative de coup d’État du 15 juillet 2016 en ayant fait "passer des messages subliminaux à la télévision"


63 condamnations pour crime de “lèse-majesté”

En tout, 63 journalistes ont été condamnés pour “offense envers le président” Recep Tayyip Erdogan, sur la base de l’article 299 du Code pénal, depuis qu’il a été élu président de la Turquie en août 2014. Les journalistes sont aussi régulièrement condamnés sur la base de la loi antiterroriste, notamment pour appartenance ou soutien à une organisation illégale. La loi sur les banques et celle sur les marchés du capital permettent aussi de poursuivre et de condamner les journalistes économiques.


128 000 euros 

Cette somme correspond aux dommages et intérêts que doit verser la Turquie à huit journalistes du quotidien Cumhuriyet incarcérés arbitrairement en 2016 pendant près d’un an. Ce montant, fixé par la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) le 10 novembre 2020, n’est pas le premier. Depuis cinq ans, la CEDH a condamné la Turquie à 234 760 euros de dédommagement envers les professionnels des médias. 


154e

La Turquie occupe le 154e rang sur 180 pays dans le Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF.


139 

Les journalistes turcs ont été la cible d’au moins 139 agressions au cours des cinq dernières années. Pour la seule année 2020, au moins 18 journalistes ont été agressés. 


160

Au moins 160 médias turcs ont été contraints de mettre la clé sous la porte. Les mesures de l'état d'urgence ont été instrumentalisées non seulement pour fermer les médias considérés comme pro-gülenistes mais pour réduire également au silence des médias pro-kurdes tels que IMC TV ou de gauche comme Hayatin Sesi TV. Ces deux médias se battent depuis près de cinq ans en justice pour pouvoir de nouveau diffuser. 


90%
C’est le pourcentage de médias turcs contrôlés aujourd’hui par des investisseurs proches du pouvoir. 


1 358 

C’est le nombre d’articles ou liens d’articles censurés en 2020 sur décision des juges de paix, à la demande du président Erdogan, de son fils Bilal Erdogan, de son genre Berat Albayrak ou d’investisseurs proches du pouvoir ou encore de personnalités politiques.


3 436 

Ces cinq dernières années, 3 436 journalistes travaillant pour des rédactions turques ont été licenciés. Pour la seule année 2020, ce chiffre s’élève à 215 journalistes.


276 

C’est le nombre de jours durant lesquels les publicités publiques des journaux critiques ont été suspendues en 2020, privant ces médias de revenus publicitaires indispensables à leur survie économique.