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8 septembre 2021 - Mis à jour le 10 septembre 2021

Trois journalistes yéménites en exil menacés de mort par des autorités de leur pays

Alors qu’ils ont quitté la région depuis plusieurs années, trois journalistes yéménites sont menacés de mort par des autorités locales à la suite de publications dénonçant des faits de corruption. Reporters sans frontières (RSF) appelle le gouvernorat concerné à garantir leur sécurité en cas de retour.

Ils ont fui Al-Qaida en 2015. Aujourd’hui, ils sont encore menacés de mort, mais cette fois par les autorités officielles de leur pays. Les journalistes indépendants yéménites Mohamed Al-Sharfi, Sabri bin Makhashin, et Mohamed Al-Yazidi, originaires de la province de Hadramout, dans l’est du pays, ont vu leurs photos diffusées par un responsable militaire de la région, le 30 août dernier, sur un groupe Facebook de plus de 34 000 membres, accompagnées d'un appel à les exécuter : “Une seule balle vaut plus cher qu’un mercenaire qui trahit son pays”, a-t-il asséné. 


Ce message fait référence aux nombreuses publications des trois journalistes qui, sur les réseaux sociaux, dénoncent la corruption des dirigeants de la province - des révélations qui leur ont valu d’être la cible d’une campagne de haine depuis bientôt un an, qui culmine aujourd’hui dans cet appel à exécution. Mohamed Al-Sharfi, actuellement basé en Jordanie, explique à RSF que lui-même a publié, à de multiples reprises au cours des derniers mois, des photos de documents montrant des surfacturations, des commissions irrégulières ou encore des augmentations opaques de taxes par le gouvernorat de Hadramout. A l’époque, les services de sécurité avaient émis un mandat d’arrêt non officiel à leur encontre. 


Contactées par RSF, les autorités concernées de Hadramout n’ont pas donné suite.


RSF condamne fermement ces menaces contre des journalistes indépendants, dénonce la responsable du bureau Moyen-Orient de RSF, Sabrina Bennoui. Des autorités considérées comme légitimes doivent faire preuve d’exemplarité dans leur traitement des professionnels des médias, et non pas contribuer à dégrader leur environnement de travail de sorte qu’il leur est inenvisageable de revenir dans leur pays.


Alors qu’en 2015, les trois journalistes échappaient de justesse à leur enlèvement par Al-Qaïda, leur confrère Mohamed Al-Moqri, n’a pas eu cette même chance : il a été capturé en octobre de la même année et est, depuis, porté disparu.


Le Yémen occupe la 169e place sur 180 pays au Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF en 2021.